L'oraison du Dragon céleste

Guerrier de la LumièreGuerrier de la LumièreGuerrier de la LumièreGuerrière de la LumièreGuerrière de la LumièreGuerrière de la Lumière

Le vent soufflait sur les ruines ancestrales nimbées d'une aura d'ambre. Sans doute était-ce là un vestige de l'éther expulsé par les rugissements de Ratatosk lorsqu'elle entonnait un air au sein de son antre ; mélomane des dragons anciens, on dit qu'elle aimait chanter plus que tout. Son sanctuaire céleste, Sohr Khai ou "La complainte de l'infortunée" en langue draconique, débordait encore d'une énergie apaisante, même après plus d'un millénaire.

« Ce serait mal venu de ma part de te présenter des excuses, mais sache au moins que la guerre est enfin arrivée à son terme. »

Estinien s'adressait à Ratatosk, celle que les humains avaient trahie, celle qui fut la première victime de la Guerre du chant des dragons. Une bourrasque répondit au murmure de l'homme qu'on appelait autrefois le Dragon céleste, et vint disperser aux quatre vents son offrande de fleurs.

« Cette présence que je ressentais était donc bien celle du Dragon céleste... »

Plus qu'une voix, c'était une pensée pénétrante qui venait de s'insinuer par magie dans l'esprit d'Estinien, accompagnée aussitôt d'un puissant battement d'ailes. Il se retourna et vit Hraesvelgr, un autre des sept dragons anciens.

« Tss... »

Si Estinien se tenait ici aujourd'hui, c'était en partie grâce au Guerrier de la Lumière qui l'avait secouru à l'Avancée de la Foi. À l'issue de cette bataille, il avait demeuré à Ishgard juste assez longtemps pour voir son ami Aymeric prendre en charge la présidence de la Chambre des Nobles, puis avait quitté la sainte Cité sans tambour ni trompette. Bien sûr, il avait songé à rester pour soutenir son camarade dans sa nouvelle fonction et accompagner sa patrie dans l'ère qui s'ouvrait, mais il en avait décidé autrement.

La Guerre du chant des dragons venait de toucher à sa fin. Qui aurait besoin d'un homme qui fut l'étendard du conflit entre humains et dragons ? À plus forte raison un homme qui fut subjugué par le maléfique Nidhogg pour ensuite diriger sa lance et ses griffes contre son propre peuple... Fort de la conviction qu'il n'avait pas sa place dans ce monde de paix naissante, il l'avait délaissé.

Où devait-il aller, maintenant ? Quel but devait-il poursuivre ? C'est là qu'avait commencé son voyage solitaire en quête de réponses. Tout d'abord, il s'était rendu à l'endroit où s'étendait autrefois Valfougère, son village natal. Sur ces terres, il avait adressé une prière à ses parents, ainsi qu'à son petit frère, Hamignant. Sur un plateau surplombant la sainte Cité, il avait remercié le chevalier qui avait donné sa vie pour secourir son meilleur ami et son camarade d'aventure. À Azys Lla, il avait déposé un bouquet de fleurs en mémoire d'une femme. Elle et lui avaient nourri un dédain mutuel, mais elle avait permis à son équipée de poursuivre leur but en échange de sa propre vie.

L'idée d'entreprendre un tel voyage n'aurait probablement même pas traversé l'esprit de l'homme qu'il était autrefois. Pourtant, voilà qu'il était déjà arrivé à la dernière halte de ses pérégrinations. Et qu'il le veuille ou non, le dragon sacré l'avait surpris en train de s'adresser à la mélomane désormais éternellement absente de son antre.

« Alors, on m'épie ? Je croyais que les anciens avaient de meilleures manières que ça. »

Les traits de Hraesvelgr s'altérèrent face aux sarcasmes du chevalier dragon qui peinait à dissimuler sa gêne. Il souriait.

« Tu aurais sans doute préféré passer inaperçu, Dragon céleste, mais je tenais à te remercier pour ta gerbe de fleurs et la noble intention qui t'amène. Ma sœur t'aurait exprimé sa reconnaissance par un chant, si elle était encore de ce monde. Hélas, ma seule qualité sera de te transmettre ses sentiments par la parole. »

Le dragon ressentait de la peine, et le chevalier ne la comprenait que trop bien. Il l'avait lui-même éprouvée durant le laps de temps où il partagea l'enveloppe charnelle de Nidhogg. Le dragon maléfique et Hraesvelgr avaient perdu un être cher quand Ratatosk passa de vie à trépas, et c'est la raison pour laquelle Estinien vit dans ces remerciements une forme d'absolution.

« Hmpf... Eh bien, merci. En revanche, permets-moi de te corriger. Le Dragon céleste n'est plus. Sa raison d'être a disparu. »

Estinien avait répondu avec une franchise absolue, mais elle ne suffit pas à détourner l'attention de Hraesvelgr qui restait concentré sur l'arme accrochée au dos du chevalier dragon.

« Et pourtant, tu continues d'exhiber cette lance imprégnée de l'éther de mes frères. Pourquoi ? »

Il fallut que Hraesvelgr le lui fasse remarquer pour qu'Estinien en prenne conscience. Certes, il avait délaissé son armure lorsqu'il avait pris la décision de quitter Ishgard, mais il ne lui était à aucun moment venu à l'esprit de se séparer de la lance imbibée du pouvoir de Nidhogg. La question avait désarçonné le chevalier. Hraesvelgr vint à son secours en répondant à sa place.

« Tu continues à la porter car il te reste une raison de te battre. C'est une chose dont tu as conscience au plus profond de toi, même si tu le nies. »

Estinien réalisa que Hraesvelgr était peut-être dans le vrai. Les techniques d'hast qu'il s'était évertué à parfaire afin de devenir le fléau des dragons pouvaient peut-être encore servir à accomplir des choses, quand bien même il avait abandonné son rôle passé.

« Suis-moi. Si tu es prêt à jurer sur cette lance d'arpenter la voie de l'harmonie entre nos deux peuples, je t'offrirai une armure digne d'un véritable chevalier dragon. »

Hraesvelgr déploya alors ses imposantes ailes qui découpèrent l'immensité du ciel. Il s'arracha à la terre en un spectacle qui laissa Estinien bouche bée. Lorsque le chevalier se libéra enfin de ce ravissement, il courut prendre place dans son Manacutter pour suivre le dragon.

Ils survolèrent l'Écume des cieux et finirent par atteindre des ruines aux confins de Sohr Khai. On pouvait deviner qu'il s'agissait des restes d'un perchoir pour dragons, vestige ancestral d'une époque où ils coexistaient en paix avec les humains. Hraesvelgr se posa en terrain dégagé, puis invita Estinien à s'enfoncer plus profondément dans les décombres. C'est là que le chevalier dragon fit une découverte.

« Incroyable... »

La pièce dans laquelle il venait de pénétrer était à échelle d'Homme, probablement une ancienne caserne. À l'intérieur étaient alignés plusieurs coffres de rangement. Ils avaient naguère renfermé des ensembles d'armure, mais tous étaient vides et en piteux état. Tous, sauf un que la magie des dragons avait étrangement protégé des ravages du temps, et quelle ne fut pas la surprise d'Estinien lorsqu'il examina son contenu !

« Autrefois, mon peuple et les chevaliers dragon combattaient ensemble, et non les uns contre les autres. Ma défunte sœur aimait particulièrement parcourir le ciel en les portant sur son dos, à tel point qu'elle enchantait parfois leurs armures de sa bénédiction. »

Dans le coffre, le bleu saphir de deux splendides ensembles de protection happait le regard.

« Ratatosk espérait offrir ces deux armures au prochain chevalier avec lequel elle sillonnerait le ciel. Malheureusement, l'avidité de l'Homme est un abîme qui ne saurait être comblé, et des misérables se mirent en tête de convoiter la source même de son pouvoir. Je n'ai pas besoin de te conter la suite, n'est-ce pas ? »

La suite, Estinien la connaissait mieux que quiconque. Accompagné de ses douze fidèles chevaliers, le roi Thordan, premier du nom, avait massacré Ratatosk et lui avait arraché ses yeux afin de s'octroyer son pouvoir. Le regard toujours perdu dans l'indigo des deux armures, Estinien interrogea Hraesvelgr.

« Mais alors... pourquoi ? Pourquoi m'offrir leur puissance ? Je pourrais moi aussi être un de ces humains emplis de convoitise ! »

Hraesvelgr resta muet quelques secondes, puis répondit :

« Les actes d'une jeune femme m'ont fait comprendre qu'il était peut-être temps de rebâtir la confiance entre nos peuples. »

Il poursuivit.

« Ces armures n'ont jamais été portées, encore moins baptisées. Munis-t'en, si tu as décidé de tirer un trait sur ton passé. Elles t'accompagneront dans ta quête d'une nouvelle vie. »

Peu après, Estinien ressortait de la caserne. Les rayons du soleil venaient se perdre dans le bleu profond de sa tenue fraîchement revêtue.

« J'ai un nom tout trouvé pour cette orpheline. »

Anxieux de l'entendre, Hraesvelgr plissa ses yeux envoûtants et fixa son regard sur lui.

« L'étendue de mes talents se borne à porter le fardeau qu'est cet agrégat de rancœur en forme de lance... J'appellerai cette armure Cœur-de-glace. Je ne vois pas de meilleur nom pour celle qui m'accompagnera sur le reste de mon chemin. »

Hraesvelgr poussa alors un formidable rugissement. Peut-être était-ce ainsi que les dragons manifestaient leur gaieté.

Estinien quitta la Mer de nuages vêtu de sa nouvelle armure. Il était déterminé à en finir avec le passé une bonne fois pour toutes, et à frayer la voie qui le mènerait à ses camarades.


Les lunes se succédèrent.

Estinien avait fait route vers Les Lacs de Gyr Abania et se tenait à présent sur un mont offrant une vue imprenable sur la région. Sous ses yeux, des rangées interminables de soldats faisaient marche en direction de la cité-forteresse d'Ala Mhigo. Il supposait que la partie ishgardaise de l'armée était dirigée par son alter ego, et que d'autres frères d'armes, dont un certain garçon, avaient été incorporés aux troupes. Il leur avait ouvert le passage en détruisant le canon gigantesque installé par l'Empire. Cet obstacle éliminé, Estinien savait qu'il pouvait compter sur eux pour balayer le reste des défenses et s'emparer de la cité.

Il ne lui restait maintenant plus qu'un dernier devoir à accomplir.

Plus facile à dire qu'à faire, car ce qu'il convoitait ne renfermait malheureusement plus qu'une fraction de son pouvoir d'antan et le rendait difficile à détecter.

Pendant qu'il perdait son temps, ses amis de l'Alliance étaient aux prises avec l'ennemi. Il n'avait qu'une envie : aller les aider. C'est l'arrivée d'une escadre impériale tentant d'enfoncer subrepticement leur flan qui le convainquit de délaisser sa recherche pour intervenir. Les armures volantes magitek churent du ciel les unes après les autres, et alors que leur destructeur se rapprochait peu à peu du palais royal, il décela une aura lui inspirant une étrange nostalgie.

En dépit de l'issue encore indécise de la bataille, Estinien extirpa la pointe de sa lance de la carcasse magitek qui gisait à ses pieds et se dirigea sans plus attendre vers les jardins d'agrément sur le toit du palais.

« Ah, les voilà enfin. Ce n'est pas trop tôt...
Ce Primordial les a complètement vidés de leur éther... Hmpf ! Voilà pourquoi je n'arrivais pas à ressentir leur aura." »


Seul au milieu des fleurs exotiques de la Ménagerie royale, Estinien alla chercher dans son dos la lance de Nidhogg, le dragon éponyme avec lequel il n'avait fait qu'un pendant un temps. Il pointa ensuite du fer ce qu'il était venu chercher.

« Même sans leur pouvoir, il n'est pas question de les laisser traîner ici. »

Estinien transperça tour à tour les yeux de Nidhogg en concentrant force et magie dans son geste. Désormais simples coquilles vides, les derniers restes du dragon disparurent en deux nuages de fumée que le vent dispersa dans le ciel empourpré d'Ala Mhigo.

« Adieu pour toujours, Nidhogg. »

Ainsi Estinien acheva le deuil de son passé. Son ultime devoir accompli, il allait enfin pouvoir faire ses premiers pas sur cette nouvelle voie. Sous quels cieux l'arpenterait-il ? Azurés à perte de vue ? Rougeoyants dans le soleil couchant ? Ou bien enténébrés par une nuit d'encre ? Nul ne le savait, néanmoins une chose était sûre : il brandirait sa lance noire pour défendre la cause des Hommes et des dragons.

Le vent soufflait sur les ruines ancestrales nimbées d'une aura d'ambre. Sans doute était-ce là un vestige de l'éther expulsé par les rugissements de Ratatosk lorsqu'elle entonnait un air au sein de son antre ; mélomane des dragons anciens, on dit qu'elle aimait chanter plus que tout. Son sanctuaire céleste, Sohr Khai ou "La complainte de l'infortunée" en langue draconique, débordait encore d'une énergie apaisante, même après plus d'un millénaire.

« Ce serait mal venu de ma part de te présenter des excuses, mais sache au moins que la guerre est enfin arrivée à son terme. »

Estinien s'adressait à Ratatosk, celle que les humains avaient trahie, celle qui fut la première victime de la Guerre du chant des dragons. Une bourrasque répondit au murmure de l'homme qu'on appelait autrefois le Dragon céleste, et vint disperser aux quatre vents son offrande de fleurs.

« Cette présence que je ressentais était donc bien celle du Dragon céleste... »

Plus qu'une voix, c'était une pensée pénétrante qui venait de s'insinuer par magie dans l'esprit d'Estinien, accompagnée aussitôt d'un puissant battement d'ailes. Il se retourna et vit Hraesvelgr, un autre des sept dragons anciens.

« Tss... »

Si Estinien se tenait ici aujourd'hui, c'était en partie grâce à la Guerrière de la Lumière qui l'avait secouru à l'Avancée de la Foi. À l'issue de cette bataille, il avait demeuré à Ishgard juste assez longtemps pour voir son ami Aymeric prendre en charge la présidence de la Chambre des Nobles, puis avait quitté la sainte Cité sans tambour ni trompette. Bien sûr, il avait songé à rester pour soutenir son camarade dans sa nouvelle fonction et accompagner sa patrie dans l'ère qui s'ouvrait, mais il en avait décidé autrement.

La Guerre du chant des dragons venait de toucher à sa fin. Qui aurait besoin d'un homme qui fut l'étendard du conflit entre humains et dragons ? À plus forte raison un homme qui fut subjugué par le maléfique Nidhogg pour ensuite diriger sa lance et ses griffes contre son propre peuple... Fort de la conviction qu'il n'avait pas sa place dans ce monde de paix naissante, il l'avait délaissé.

Où devait-il aller, maintenant ? Quel but devait-il poursuivre ? C'est là qu'avait commencé son voyage solitaire en quête de réponses. Tout d'abord, il s'était rendu à l'endroit où s'étendait autrefois Valfougère, son village natal. Sur ces terres, il avait adressé une prière à ses parents, ainsi qu'à son petit frère, Hamignant. Sur un plateau surplombant la sainte Cité, il avait remercié le chevalier qui avait donné sa vie pour secourir son meilleur ami et sa camarade d'aventure. À Azys Lla, il avait déposé un bouquet de fleurs en mémoire d'une femme. Elle et lui avaient nourri un dédain mutuel, mais elle avait permis à son équipée de poursuivre leur but en échange de sa propre vie.

L'idée d'entreprendre un tel voyage n'aurait probablement même pas traversé l'esprit de l'homme qu'il était autrefois. Pourtant, voilà qu'il était déjà arrivé à la dernière halte de ses pérégrinations. Et qu'il le veuille ou non, le dragon sacré l'avait surpris en train de s'adresser à la mélomane désormais éternellement absente de son antre.

« Alors, on m'épie ? Je croyais que les anciens avaient de meilleures manières que ça. »

Les traits de Hraesvelgr s'altérèrent face aux sarcasmes du chevalier dragon qui peinait à dissimuler sa gêne. Il souriait.

« Tu aurais sans doute préféré passer inaperçu, Dragon céleste, mais je tenais à te remercier pour ta gerbe de fleurs et la noble intention qui t'amène. Ma sœur t'aurait exprimé sa reconnaissance par un chant, si elle était encore de ce monde. Hélas, ma seule qualité sera de te transmettre ses sentiments par la parole. »

Le dragon ressentait de la peine, et le chevalier ne la comprenait que trop bien. Il l'avait lui-même éprouvée durant le laps de temps où il partagea l'enveloppe charnelle de Nidhogg. Le dragon maléfique et Hraesvelgr avaient perdu un être cher quand Ratatosk passa de vie à trépas, et c'est la raison pour laquelle Estinien vit dans ces remerciements une forme d'absolution.

« Hmpf... Eh bien, merci. En revanche, permets-moi de te corriger. Le Dragon céleste n'est plus. Sa raison d'être a disparu. »

Estinien avait répondu avec une franchise absolue, mais elle ne suffit pas à détourner l'attention de Hraesvelgr qui restait concentré sur l'arme accrochée au dos du chevalier dragon.

« Et pourtant, tu continues d'exhiber cette lance imprégnée de l'éther de mes frères. Pourquoi ? »

Il fallut que Hraesvelgr le lui fasse remarquer pour qu'Estinien en prenne conscience. Certes, il avait délaissé son armure lorsqu'il avait pris la décision de quitter Ishgard, mais il ne lui était à aucun moment venu à l'esprit de se séparer de la lance imbibée du pouvoir de Nidhogg. La question avait désarçonné le chevalier. Hraesvelgr vint à son secours en répondant à sa place.

« Tu continues à la porter car il te reste une raison de te battre. C'est une chose dont tu as conscience au plus profond de toi, même si tu le nies. »

Estinien réalisa que Hraesvelgr était peut-être dans le vrai. Les techniques d'hast qu'il s'était évertué à parfaire afin de devenir le fléau des dragons pouvaient peut-être encore servir à accomplir des choses, quand bien même il avait abandonné son rôle passé.

« Suis-moi. Si tu es prêt à jurer sur cette lance d'arpenter la voie de l'harmonie entre nos deux peuples, je t'offrirai une armure digne d'un véritable chevalier dragon. »

Hraesvelgr déploya alors ses imposantes ailes qui découpèrent l'immensité du ciel. Il s'arracha à la terre en un spectacle qui laissa Estinien bouche bée. Lorsque le chevalier se libéra enfin de ce ravissement, il courut prendre place dans son Manacutter pour suivre le dragon.

Ils survolèrent l'Écume des cieux et finirent par atteindre des ruines aux confins de Sohr Khai. On pouvait deviner qu'il s'agissait des restes d'un perchoir pour dragons, vestige ancestral d'une époque où ils coexistaient en paix avec les humains. Hraesvelgr se posa en terrain dégagé, puis invita Estinien à s'enfoncer plus profondément dans les décombres. C'est là que le chevalier dragon fit une découverte.

« Incroyable... »

La pièce dans laquelle il venait de pénétrer était à échelle d'Homme, probablement une ancienne caserne. À l'intérieur étaient alignés plusieurs coffres de rangement. Ils avaient naguère renfermé des ensembles d'armure, mais tous étaient vides et en piteux état. Tous, sauf un que la magie des dragons avait étrangement protégé des ravages du temps, et quelle ne fut pas la surprise d'Estinien lorsqu'il examina son contenu !

« Autrefois, mon peuple et les chevaliers dragon combattaient ensemble, et non les uns contre les autres. Ma défunte sœur aimait particulièrement parcourir le ciel en les portant sur son dos, à tel point qu'elle enchantait parfois leurs armures de sa bénédiction. »

Dans le coffre, le bleu saphir de deux splendides ensembles de protection happait le regard.

« Ratatosk espérait offrir ces deux armures au prochain chevalier avec lequel elle sillonnerait le ciel. Malheureusement, l'avidité de l'Homme est un abîme qui ne saurait être comblé, et des misérables se mirent en tête de convoiter la source même de son pouvoir. Je n'ai pas besoin de te conter la suite, n'est-ce pas ? »

La suite, Estinien la connaissait mieux que quiconque. Accompagné de ses douze fidèles chevaliers, le roi Thordan, premier du nom, avait massacré Ratatosk et lui avait arraché ses yeux afin de s'octroyer son pouvoir. Le regard toujours perdu dans l'indigo des deux armures, Estinien interrogea Hraesvelgr.

« Mais alors... pourquoi ? Pourquoi m'offrir leur puissance ? Je pourrais moi aussi être un de ces humains emplis de convoitise ! »

Hraesvelgr resta muet quelques secondes, puis répondit :

« Les actes d'une jeune femme m'ont fait comprendre qu'il était peut-être temps de rebâtir la confiance entre nos peuples. »

Il poursuivit.

« Ces armures n'ont jamais été portées, encore moins baptisées. Munis-t'en, si tu as décidé de tirer un trait sur ton passé. Elles t'accompagneront dans ta quête d'une nouvelle vie. »

Peu après, Estinien ressortait de la caserne. Les rayons du soleil venaient se perdre dans le bleu profond de sa tenue fraîchement revêtue.

« J'ai un nom tout trouvé pour cette orpheline. »

Anxieux de l'entendre, Hraesvelgr plissa ses yeux envoûtants et fixa son regard sur lui.

« L'étendue de mes talents se borne à porter le fardeau qu'est cet agrégat de rancœur en forme de lance... J'appellerai cette armure Cœur-de-glace. Je ne vois pas de meilleur nom pour celle qui m'accompagnera sur le reste de mon chemin. »

Hraesvelgr poussa alors un formidable rugissement. Peut-être était-ce ainsi que les dragons manifestaient leur gaieté.

Estinien quitta la Mer de nuages vêtu de sa nouvelle armure. Il était déterminé à en finir avec le passé une bonne fois pour toutes, et à frayer la voie qui le mènerait à ses camarades.


Les lunes se succédèrent.

Estinien avait fait route vers Les Lacs de Gyr Abania et se tenait à présent sur un mont offrant une vue imprenable sur la région. Sous ses yeux, des rangées interminables de soldats faisaient marche en direction de la cité-forteresse d'Ala Mhigo. Il supposait que la partie ishgardaise de l'armée était dirigée par son alter ego, et que d'autres frères d'armes, dont un certain garçon, avaient été incorporés aux troupes. Il leur avait ouvert le passage en détruisant le canon gigantesque installé par l'Empire. Cet obstacle éliminé, Estinien savait qu'il pouvait compter sur eux pour balayer le reste des défenses et s'emparer de la cité.

Il ne lui restait maintenant plus qu'un dernier devoir à accomplir.

Plus facile à dire qu'à faire, car ce qu'il convoitait ne renfermait malheureusement plus qu'une fraction de son pouvoir d'antan et le rendait difficile à détecter.

Pendant qu'il perdait son temps, ses amis de l'Alliance étaient aux prises avec l'ennemi. Il n'avait qu'une envie : aller les aider. C'est l'arrivée d'une escadre impériale tentant d'enfoncer subrepticement leur flan qui le convainquit de délaisser sa recherche pour intervenir. Les armures volantes magitek churent du ciel les unes après les autres, et alors que leur destructeur se rapprochait peu à peu du palais royal, il décela une aura lui inspirant une étrange nostalgie.

En dépit de l'issue encore indécise de la bataille, Estinien extirpa la pointe de sa lance de la carcasse magitek qui gisait à ses pieds et se dirigea sans plus attendre vers les jardins d'agrément sur le toit du palais.

« Ah, les voilà enfin. Ce n'est pas trop tôt...
Ce Primordial les a complètement vidés de leur éther... Hmpf ! Voilà pourquoi je n'arrivais pas à ressentir leur aura." »


Seul au milieu des fleurs exotiques de la Ménagerie royale, Estinien alla chercher dans son dos la lance de Nidhogg, le dragon éponyme avec lequel il n'avait fait qu'un pendant un temps. Il pointa ensuite du fer ce qu'il était venu chercher.

« Même sans leur pouvoir, il n'est pas question de les laisser traîner ici. »

Estinien transperça tour à tour les yeux de Nidhogg en concentrant force et magie dans son geste. Désormais simples coquilles vides, les derniers restes du dragon disparurent en deux nuages de fumée que le vent dispersa dans le ciel empourpré d'Ala Mhigo.

« Adieu pour toujours, Nidhogg. »

Ainsi Estinien acheva le deuil de son passé. Son ultime devoir accompli, il allait enfin pouvoir faire ses premiers pas sur cette nouvelle voie. Sous quels cieux l'arpenterait-il ? Azurés à perte de vue ? Rougeoyants dans le soleil couchant ? Ou bien enténébrés par une nuit d'encre ? Nul ne le savait, néanmoins une chose était sûre : il brandirait sa lance noire pour défendre la cause des Hommes et des dragons.

Politique d'utilisation des cookies

Ce site Internet utilise des cookies. Si vous ne désirez pas avoir des cookies sur votre appareil, n’utilisez pas le site Internet. Veuillez lire la politique d’utilisation des cookies de Square Enix pour plus d’informations. Votre utilisation du site Internet est aussi soumise aux conditions d’utilisation et à la politique de confidentialité de Square Enix ; en utilisant ce site Internet, vous acceptez ces conditions. Les conditions d’utilisation, la politique de confidentialité et la politique d’utilisation des cookies de Square Enix peuvent aussi être trouvées en cliquant sur les liens situés dans le menu au bas de la page.