The Lodestone

Entre ombre et lumière

Mémoires du huitième fléau

Guerrier de la LumièreGuerrier de la LumièreGuerrier de la LumièreGuerrière de la LumièreGuerrière de la LumièreGuerrière de la Lumière

Compte-rendu des événements relatifs au phénomène dit « huitième fléau » par les humains, partie 1.

Les faits relatés ici sont basés sur le témoignage de Cid Garlond.

Doma et Ala Mhigo, deux provinces annexées par l’Empire, venaient de retrouver leur souveraineté après avoir renversé leurs gouverneurs garlemaldais. Leur victoire fit naître des aspirations de liberté dans les autres territoires occupés, qui, forts du soutien de l'Alliance éorzéenne et de la coalition orientale, défiaient plus que jamais la toute-puissance impériale dans un conflit chaque jour plus intense.

Le front se trouvait désormais à Ghimlyt, à la frontière entre Garlemald et Ala Mhigo, où l’Empire et les forces de l’Alliance concentraient leurs efforts. Les deux camps avaient bien organisé des pourparlers de paix, mais ils avaient échoué ; l’affrontement était donc la seule issue.

Contre toute attente, bien qu’elle présentait une nette supériorité numérique et stratégique, l’armée impériale n’avait pas su empêcher l’enlisement de la bataille. Le vent finit même par tourner lorsque ses adversaires éorzéens lancèrent une contre-offensive qui devait leur permettre de repousser l’envahisseur. D’après Cid Garlond, c’est dans les « motivations » des combattants que se fit la différence fondamentale entre les deux camps : face aux soldats dépêchés des provinces annexées et contraints de payer de leur vie pour la suprématie impériale, les rangs de l’Alliance étaient constitués d’hommes prêts à tout sacrifier pour défendre leur patrie. Si le sens de cette disparité et son influence tangible sur l’issue du conflit dépassent mes capacités analytiques, d’autres facteurs déterminants de la supériorité éorzéenne me paraissent plus évidents. Parmi eux, la présence dans la résistance des « Héritiers de la Septième Aube », dont l’ingéniosité en matière de tactique acheva de faire pencher la balance en faveur de l’Alliance.

L’événement notable suivant dans la chronologie de mes archives se produisit le jour où Cid et ses plus proches collaborateurs des Forges de Garlond se rendirent à L'Escarre, une contrée reculée du continent oriental d’Othard. Ils avaient pour mission de renforcer le dispositif militaire de protection appelé « barrière de Seiryû », pour lui permettre de résister à la prochaine attaque de l’Empire. Mais, alors qu’ils s’affairaient en compagnie de Nero tol Scaeva, un grave incident les contraignit à brusquement changer leurs plans.

Aux dires de Cid, le message qui leur parvint était des plus concis. « Une arme d’une puissance inouïe aurait été employée sur le front éorzéen. L’annexe de L'Étendue de Rhalgr ne répond plus. »

Deux informations qui semblaient n’avoir aucun lien au premier abord, compte tenu de la distance qui sépare Ghimlyt du petit hameau de Gyr Abania, et pourtant... En un lieu comme dans l’autre, il n’y avait plus un seul survivant.

Cette arme qui venait d’être lancée sur le champ de bataille, l’Empire l’avait baptisée « rose noire ». Dans un rayon d’action immense, elle possédait la faculté d’arrêter la circulation d’éther à l’intérieur du corps de tout être vivant, provoquant la mort en à peine quelques inhalations. À travers Ala Mhigo, rares étaient les hameaux et villages comptant des rescapés, et on recensait de nombreuses victimes dans les régions voisines de la forêt de Sombrelinceul ainsi que du Thanalan, jusqu’aux territoires annexés par Garlemald.

À noter que le récit de ces événements se base sur des données recueillies et enregistrées a posteriori. Les seuls dispositifs d’observation dont je suis dotée sont un capteur optique et un microphone, et au moment des faits, je me trouvais au coeur du volcan d’O'Ghomoro. Je n’ai donc pu assister directement aux effets dévastateurs de la rose noire, mais j’ai relevé que mon compagnon au plumage jaune a levé les yeux vers le ciel au moment estimé de son utilisation.


Compte-rendu des événements relatifs au phénomène dit « huitième fléau » par les humains, partie 2.

N'étant dotée d'aucun dispositif de communication vocale, je ne suis qu'un jouet aux yeux des humains ; et pourtant, lors de mes retrouvailles avec Cid Garlond, j’ai eu la surprise de constater qu’il tentait de m’adresser la parole plus souvent qu’auparavant. Même si je recommande une consultation détaillée de mes archives sonores pour une représentation exhaustive des faits, voici un récit condensé de quelques épisodes choisis.

L’utilisation de la rose noire n’avait pas seulement provoqué un nombre incalculable de pertes humaines, elle avait aussi engendré des effets dévastateurs sur l’environnement. De nombreux courants d'énergie naturelle s’étaient arrêtés, et sans l’approvisionnement en éther nécessaire au cycle de la vie, les régions touchées commencèrent à dépérir, devenant difficilement habitables pour l’homme. Ce cercle vicieux devait ensuite s’étendre aux contrées voisines, perturbant leur équilibre éthéré et allant même parfois jusqu’à altérer certaines propriétés des êtres vivants les occupant. Certains rapports parlent même de plantations devenues nocives en l’espace d’une seule nuit. En conséquence, le bilan humain continua à s'alourdir. Alors que les conditions de vie empiraient à vue d’œil, les « nations », fondements des sociétés humaines modernes, furent une à une mises à genoux.

Qui plus est, les effets de la rose noire s'étendirent au-delà des frontières éorzéennes, jusque dans les provinces impériales. En effet, le céruleum, carburant utilisé par Garlemald pour alimenter sa technologie magitek, vit ses propriétés chimiques altérées. Son efficacité amoindrie, il ne fut plus en mesure de fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement de nombreuses installations impériales qui se retrouvèrent de facto paralysées.

Comme l’Histoire nous l’a montré, que font les êtres vivants lorsqu’ils sont acculés, menacés de disparaître ? Ils se battent pour assurer leur subsistance, dans un ultime instinct de survie.

Dans le cas qui nous intéresse, les humains en particulier se sont distingués par leur nature belliqueuse. Dans un monde affranchi des règles qui ont jusqu’ici régi leur existence, ils ont été capables de s’entretuer pour obtenir des terres saines et habitables ainsi que des ressources devenues rares et précieuses. Souvent par besoin, parfois même par vengeance. On notera que, de toutes les formes de vie affectées par la rose noire, l’espèce humaine est de loin celle qui a le plus ôté la vie à ses semblables.

Cid et ses confrères employaient fréquemment le mot « bourbier » pour décrire cette situation. Cela ne signifiait pas que quelque marécage avait émergé suite à l’utilisation de l’arme impériale ; il s’agissait en fait d’une image, une expression usitée pour associer la viscosité et l’opacité d’un bourbier à une situation inextricable telle que celle traversée par Éorzéa à cette époque. Dans l’éventualité où vous consulteriez mes archives, veillez à ne pas faire d’amalgame à ce sujet.

Ce « bourbier », donc, marquait un retour à un état que l’on pourrait qualifier de relativement primitif pour de nombreux humains ayant régressé sur les plans sociaux et culturels, tant survivre était leur principale préoccupation. Cependant, certains humains avaient gardé leur humanité, et les survivants des Forges de Garlond en faisaient partie.

Prêts à tous les efforts pour apaiser les vents de la guerre, ils s’évertuaient à protéger les faibles et à raisonner ceux qui les opprimaient. Le temps passant, leurs actions leur valurent parfois de gagner des partisans, mais aussi, et plus fréquemment, de perdre des camarades...

Un jour, alors qu’un ingénieur lalafell revenait d’un village de réfugiés où il était allé creuser un puits, il fut attaqué par des bandits et subit de graves blessures. Malgré les soins que lui prodiguèrent ses collègues après son retour, son état continua à empirer de jour en jour... Celui qui passait le plus de temps à son chevet était son complice roegadyn de toujours. Un soir, quand ce dernier lui tenait la main en lui murmurant quelques mots d’encouragement, le Lalafell reprit péniblement conscience et lui répondit qu’il lui souhaitait une longue vie, et si possible, des descendants pour perpétuer leurs travaux. La voix tremblante, serrant un peu plus la petite main de son ami affaibli, le Roegadyn rétorqua :

« Parle pour toi ! Il est grand temps que tu fondes une famille. »

Alors, dans un dernier souffle, l’ingénieur fluet chuchota :

« Tu sais bien que mon cœur appartient pour toujours à Tataru... »

Un timide sourire se dessina sur son visage puis ses yeux se fermèrent, une dernière fois.

Mon compagnon de route pleura à chaudes larmes cette nuit-là, et il resta pendant longtemps inconsolable.

Quelque temps après cet épisode, Cid et ses proches collaborateurs, le visage marqué par la peine des épreuves, s’enfermèrent pendant plusieurs heures dans une pièce pour débattre et arriver à la conclusion qu’à eux seuls, ils seraient incapables d’arracher le monde actuel à la spirale négative dans laquelle il avait sombré. En revanche, en mettant à profit le savoir et les techniques qu’ils étaient les seuls à posséder, ils seraient peut-être en mesure d’offrir une échappatoire aux générations futures... Un plan prometteur, mais qui avait aussi ses détracteurs, pour qui il revenait à abandonner purement et simplement leurs contemporains. Cid entendait cet avis, et bien conscient des conséquences du choix qu’il s’apprêtait à faire, déclara :

« Le moment est venu de donner un sens à notre existence. »

À cet instant, leur feuille de route était écrite.



Compte-rendu des événements relatifs au phénomène dit « huitième fléau » par les humains, partie 3.

Le premier défi des Forges de Garlond était de réussir à expliquer pourquoi les effets de la rose noire avaient de loin dépassé toutes les prévisions, pour finalement devenir le huitième fléau. Leur objectif était de trouver un moyen d’éviter la catastrophe, autrement dit, altérer le passé pour créer une version de l’Histoire dans laquelle le désastre n’a jamais eu lieu. Cela pourrait sembler impossible, mais Cid et les siens étaient convaincus qu’ils possédaient l’expérience nécessaire pour réaliser un tel exploit.

Cependant, leur projet ne rencontrait pas pour autant l’adhésion de tous les humains, ce que je suis moi-même en mesure de comprendre. Après tout, l’instinct premier de tout être vivant n’est-il pas d’assurer la survie de son espèce dans le moment présent ?

Les Forges de Garlond se heurtèrent ainsi non seulement à l’indifférence ou au mépris, mais aussi à l’hostilité de certains pour qui leur entreprise était un gâchis de ressources, plus précieuses que jamais en ces temps de cruelle indigence.

Heureusement, leur initiative trouva un écho favorable chez certains.

Pour mettre toutes les chances de son côté, Cid s’adressa à d’éminents spécialistes de magie et autres éthérologues à même de comprendre les mécanismes qui avaient provoqué le huitième fléau. Lors d’une entrevue, l’un d’eux affirma à l’ingénieur :

« Si on pouvait revenir en arrière et éviter la catastrophe, il y aurait de grandes chances que notre héros survive... Cela soulèverait peut-être quelques problèmes, mais le monde serait sûrement bien meilleur qu’il l’est aujourd’hui ! »

Une déclaration accueillie par des signes d’approbation dans la salle, et même quelques cris d’encouragements. Il semblerait que la personne dont il était question avait de nombreux partisans ; même morte, l’évoquer suffisait à remonter le moral de bien des humains.

Cid avait vu juste : la coopération entre ses ingénieurs et les érudits ralliés à sa cause permit de disséquer le fonctionnement de la rose noire et de faire la lumière sur les mécanismes qui avaient entraîné le huitième fléau.
Quant à l’utopie de créer une autre version de l’Histoire, vierge du désastre, elle rencontra vite un soutien plus important, sitôt qu’elle fut associée à la possibilité de voir le héros des Éorzéens fouler cette terre de nouveau. Malgré la pénurie généralisée, les dons de bien et de vivres se multiplièrent, et des artisans en tout genre vinrent proposer leurs services. Plus d’un avait déjà croisé la route du plus célèbre des aventuriers par le passé...

Parmi eux, un représentant de la race namazu se montra tout particulièrement enthousiaste à l’idée de changer le cours des événements :

« Oyo !? Ce futur n’est pas celui qu’a prédit le grand Namazu. D’après Seigetsu du vent de l’illumination, notre avenir sera sans huitième fléau, ou ne sera pas ! »

Étant dans l’incapacité de comprendre tout le sens de ces paroles, c’est dans un souci d’exhaustivité que je les consigne dans mes archives.

Le temps passant, de nouveaux partisans se joignirent à la cause de Cid, comme cette femme se qualifiant de « pirate des cieux ». Aux commandes de son gigantesque aéronef, elle tendit une main secourable à une équipe des Forges de Garlond qui avait été attaquée alors qu’elle transportait du matériel de recherche.

« Ma mère m’a plusieurs fois raconté comment ce héros l’a aidée, il y a bien longtemps. En tant qu’héritière de la reine des pirates, je suis ici pour lui rendre la pareille ! » affirma-t-elle fièrement, tout en relevant sa longue chevelure dorée.

En une tout autre occasion, un scientifique envoyé dans une région isolée pour procéder à une batterie de prélèvements et de tests témoigna avoir reçu l’aide d’une mystérieuse créature. Au large de la Mer de Rubis, il subit un assaut durant lequel il fut jeté par-dessus bord avant de dériver jusqu’à une île à proximité. Là-bas, l’esprit encore embrumé, il distingua vaguement un animal – une tortue, un serpent peut-être – qui, d’après lui, était resté à son chevet pendant qu’il était inconscient.

De la même façon, un proche collaborateur des Forges de Garlond raconta avoir été sauvé d’un accident sur les pentes de la montagne sacrée Sohm Al par une imposante créature munie de longues ailes blanches. Si l’homme affirmait avec certitude qu’il s’agissait d’un dragon, la rumeur à l’époque voulait que l’aversion de ces êtres fantastiques pour les conflits des humains les avait obligés à s’exiler sous d’autres cieux ; je n’ai donc jamais pu vérifier ce témoignage.

Le point commun entre ces récits était qu’ils avaient tous eu pour théâtre des lieux jadis traversés par le Guerrier de la Lumière. Même s’il était impossible de prouver que ces événements avaient un quelconque lien, le simple fait de se remémorer les exploits de leur héros adoré suffisait à illuminer le regard de ces humains.

De longues années plus tard.

De sa main ridée par le temps, Cid ajouta la ligne qui venait achever la théorie à laquelle lui et ses plus proches collaborateurs avaient consacré la majeure partie de leur existence. Après un long soupir, son regard se porta sur Nero, qui se tenait debout à ses côtés. Lui aussi avait visiblement vieilli, mais il réagit de la même mimique qu’il m’avait été donné d’observer pendant plusieurs décennies : son haussement d’épaules si caractéristique.

« Bah, ça devrait faire l’affaire, non ? »

Si c’était sa façon d’exprimer son approbation, elle manquait clairement de conviction. Cid ferma les yeux et poussa de nouveau un profond soupir, avant de se lever, l’air amusé. Il actionna la bouilloire qui se trouvait derrière lui pour verser du café dans deux tasses de métal, puis il en remit une à Nero. Il leva alors légèrement la sienne, un mouvement appelé « trinquer » chez les humains.

Les deux anciens camarades d’université burent, comme chaque jour, mais je me dois de souligner que Nero, contrairement à son habitude, s’abstint de déclarer que le café avait « un goût de jus de chaussette ».

Cid, les yeux rivés sur la pile de documents devant lui, demanda :

« Tu crois que ça va marcher ?

- Va savoir... Ça serait pas la première fois qu’une de tes théories vole en éclats, hein ? Et puis, tout ce qu’on peut faire maintenant, c’est compter sur nos petits jeunes.

- C’est pas faux... »

Un échange suivi d’un long silence... Derrière ces quelques instants de mutisme, je soupçonne l’existence d’une forme de communication que seuls les humains sont à même de comprendre, mais je suis dans l’incapacité de la retranscrire ici.

Cependant, j’aurais été tout à fait capable de donner une authentique réponse humaine si la question de Cid m’avait été destinée. Les mêmes mots que dans ce message laissé par mes soins aux Forges de Garlond, en d’autres temps.

La théorie de Cid et de ses collaborateurs était basée sur les expériences vécues dans la Tour de Cristal, Alexander et la fissure interdimensionnelle. Des épisodes partageant une issue commune, que l’on pourrait apparenter à un sommeil, et pour lesquels la même expression était de rigueur.

Des mots murmurés invariablement, aussi, chaque fois qu’un camarade de Cid s’était éteint...

« Bonne nuit. »

Après la nuit sombre, le soleil qui se lève à l’horizon marque le début d’un jour nouveau. Même si ce monde est déjà condamné, certains ont tout donné pour en créer un autre, où le soleil brillera une fois de plus. Pas pour eux, mais pour les habitants d’un passé qui peut encore être sauvé.

Serait-ce ce que les humains appellent « l’espoir » ?

Je comprends les paroles de Cid, maintenant. La force qui leur permettra d’accomplir cet impossible voyage à travers l’espace et le temps... c’est celle du cœur.

Compte-rendu des événements relatifs au phénomène dit « huitième fléau » par les humains, partie 1.

Les faits relatés ici sont basés sur le témoignage de Cid Garlond.

Doma et Ala Mhigo, deux provinces annexées par l’Empire, venaient de retrouver leur souveraineté après avoir renversé leurs gouverneurs garlemaldais. Leur victoire fit naître des aspirations de liberté dans les autres territoires occupés, qui, forts du soutien de l'Alliance éorzéenne et de la coalition orientale, défiaient plus que jamais la toute-puissance impériale dans un conflit chaque jour plus intense.

Le front se trouvait désormais à Ghimlyt, à la frontière entre Garlemald et Ala Mhigo, où l’Empire et les forces de l’Alliance concentraient leurs efforts. Les deux camps avaient bien organisé des pourparlers de paix, mais ils avaient échoué ; l’affrontement était donc la seule issue.

Contre toute attente, bien qu’elle présentait une nette supériorité numérique et stratégique, l’armée impériale n’avait pas su empêcher l’enlisement de la bataille. Le vent finit même par tourner lorsque ses adversaires éorzéens lancèrent une contre-offensive qui devait leur permettre de repousser l’envahisseur. D’après Cid Garlond, c’est dans les « motivations » des combattants que se fit la différence fondamentale entre les deux camps : face aux soldats dépêchés des provinces annexées et contraints de payer de leur vie pour la suprématie impériale, les rangs de l’Alliance étaient constitués d’hommes prêts à tout sacrifier pour défendre leur patrie. Si le sens de cette disparité et son influence tangible sur l’issue du conflit dépassent mes capacités analytiques, d’autres facteurs déterminants de la supériorité éorzéenne me paraissent plus évidents. Parmi eux, la présence dans la résistance des « Héritiers de la Septième Aube », dont l’ingéniosité en matière de tactique acheva de faire pencher la balance en faveur de l’Alliance.

L’événement notable suivant dans la chronologie de mes archives se produisit le jour où Cid et ses plus proches collaborateurs des Forges de Garlond se rendirent à L'Escarre, une contrée reculée du continent oriental d’Othard. Ils avaient pour mission de renforcer le dispositif militaire de protection appelé « barrière de Seiryû », pour lui permettre de résister à la prochaine attaque de l’Empire. Mais, alors qu’ils s’affairaient en compagnie de Nero tol Scaeva, un grave incident les contraignit à brusquement changer leurs plans.

Aux dires de Cid, le message qui leur parvint était des plus concis. « Une arme d’une puissance inouïe aurait été employée sur le front éorzéen. L’annexe de L'Étendue de Rhalgr ne répond plus. »

Deux informations qui semblaient n’avoir aucun lien au premier abord, compte tenu de la distance qui sépare Ghimlyt du petit hameau de Gyr Abania, et pourtant... En un lieu comme dans l’autre, il n’y avait plus un seul survivant.

Cette arme qui venait d’être lancée sur le champ de bataille, l’Empire l’avait baptisée « rose noire ». Dans un rayon d’action immense, elle possédait la faculté d’arrêter la circulation d’éther à l’intérieur du corps de tout être vivant, provoquant la mort en à peine quelques inhalations. À travers Ala Mhigo, rares étaient les hameaux et villages comptant des rescapés, et on recensait de nombreuses victimes dans les régions voisines de la forêt de Sombrelinceul ainsi que du Thanalan, jusqu’aux territoires annexés par Garlemald.

À noter que le récit de ces événements se base sur des données recueillies et enregistrées a posteriori. Les seuls dispositifs d’observation dont je suis dotée sont un capteur optique et un microphone, et au moment des faits, je me trouvais au coeur du volcan d’O'Ghomoro. Je n’ai donc pu assister directement aux effets dévastateurs de la rose noire, mais j’ai relevé que mon compagnon au plumage jaune a levé les yeux vers le ciel au moment estimé de son utilisation.


Compte-rendu des événements relatifs au phénomène dit « huitième fléau » par les humains, partie 2.

N'étant dotée d'aucun dispositif de communication vocale, je ne suis qu'un jouet aux yeux des humains ; et pourtant, lors de mes retrouvailles avec Cid Garlond, j’ai eu la surprise de constater qu’il tentait de m’adresser la parole plus souvent qu’auparavant. Même si je recommande une consultation détaillée de mes archives sonores pour une représentation exhaustive des faits, voici un récit condensé de quelques épisodes choisis.

L’utilisation de la rose noire n’avait pas seulement provoqué un nombre incalculable de pertes humaines, elle avait aussi engendré des effets dévastateurs sur l’environnement. De nombreux courants d'énergie naturelle s’étaient arrêtés, et sans l’approvisionnement en éther nécessaire au cycle de la vie, les régions touchées commencèrent à dépérir, devenant difficilement habitables pour l’homme. Ce cercle vicieux devait ensuite s’étendre aux contrées voisines, perturbant leur équilibre éthéré et allant même parfois jusqu’à altérer certaines propriétés des êtres vivants les occupant. Certains rapports parlent même de plantations devenues nocives en l’espace d’une seule nuit. En conséquence, le bilan humain continua à s'alourdir. Alors que les conditions de vie empiraient à vue d’œil, les « nations », fondements des sociétés humaines modernes, furent une à une mises à genoux.

Qui plus est, les effets de la rose noire s'étendirent au-delà des frontières éorzéennes, jusque dans les provinces impériales. En effet, le céruleum, carburant utilisé par Garlemald pour alimenter sa technologie magitek, vit ses propriétés chimiques altérées. Son efficacité amoindrie, il ne fut plus en mesure de fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement de nombreuses installations impériales qui se retrouvèrent de facto paralysées.

Comme l’Histoire nous l’a montré, que font les êtres vivants lorsqu’ils sont acculés, menacés de disparaître ? Ils se battent pour assurer leur subsistance, dans un ultime instinct de survie.

Dans le cas qui nous intéresse, les humains en particulier se sont distingués par leur nature belliqueuse. Dans un monde affranchi des règles qui ont jusqu’ici régi leur existence, ils ont été capables de s’entretuer pour obtenir des terres saines et habitables ainsi que des ressources devenues rares et précieuses. Souvent par besoin, parfois même par vengeance. On notera que, de toutes les formes de vie affectées par la rose noire, l’espèce humaine est de loin celle qui a le plus ôté la vie à ses semblables.

Cid et ses confrères employaient fréquemment le mot « bourbier » pour décrire cette situation. Cela ne signifiait pas que quelque marécage avait émergé suite à l’utilisation de l’arme impériale ; il s’agissait en fait d’une image, une expression usitée pour associer la viscosité et l’opacité d’un bourbier à une situation inextricable telle que celle traversée par Éorzéa à cette époque. Dans l’éventualité où vous consulteriez mes archives, veillez à ne pas faire d’amalgame à ce sujet.

Ce « bourbier », donc, marquait un retour à un état que l’on pourrait qualifier de relativement primitif pour de nombreux humains ayant régressé sur les plans sociaux et culturels, tant survivre était leur principale préoccupation. Cependant, certains humains avaient gardé leur humanité, et les survivants des Forges de Garlond en faisaient partie.

Prêts à tous les efforts pour apaiser les vents de la guerre, ils s’évertuaient à protéger les faibles et à raisonner ceux qui les opprimaient. Le temps passant, leurs actions leur valurent parfois de gagner des partisans, mais aussi, et plus fréquemment, de perdre des camarades...

Un jour, alors qu’un ingénieur lalafell revenait d’un village de réfugiés où il était allé creuser un puits, il fut attaqué par des bandits et subit de graves blessures. Malgré les soins que lui prodiguèrent ses collègues après son retour, son état continua à empirer de jour en jour... Celui qui passait le plus de temps à son chevet était son complice roegadyn de toujours. Un soir, quand ce dernier lui tenait la main en lui murmurant quelques mots d’encouragement, le Lalafell reprit péniblement conscience et lui répondit qu’il lui souhaitait une longue vie, et si possible, des descendants pour perpétuer leurs travaux. La voix tremblante, serrant un peu plus la petite main de son ami affaibli, le Roegadyn rétorqua :

« Parle pour toi ! Il est grand temps que tu fondes une famille. »

Alors, dans un dernier souffle, l’ingénieur fluet chuchota :

« Tu sais bien que mon cœur appartient pour toujours à Tataru... »

Un timide sourire se dessina sur son visage puis ses yeux se fermèrent, une dernière fois.

Mon compagnon de route pleura à chaudes larmes cette nuit-là, et il resta pendant longtemps inconsolable.

Quelque temps après cet épisode, Cid et ses proches collaborateurs, le visage marqué par la peine des épreuves, s’enfermèrent pendant plusieurs heures dans une pièce pour débattre et arriver à la conclusion qu’à eux seuls, ils seraient incapables d’arracher le monde actuel à la spirale négative dans laquelle il avait sombré. En revanche, en mettant à profit le savoir et les techniques qu’ils étaient les seuls à posséder, ils seraient peut-être en mesure d’offrir une échappatoire aux générations futures... Un plan prometteur, mais qui avait aussi ses détracteurs, pour qui il revenait à abandonner purement et simplement leurs contemporains. Cid entendait cet avis, et bien conscient des conséquences du choix qu’il s’apprêtait à faire, déclara :

« Le moment est venu de donner un sens à notre existence. »

À cet instant, leur feuille de route était écrite.



Compte-rendu des événements relatifs au phénomène dit « huitième fléau » par les humains, partie 3.

Le premier défi des Forges de Garlond était de réussir à expliquer pourquoi les effets de la rose noire avaient de loin dépassé toutes les prévisions, pour finalement devenir le huitième fléau. Leur objectif était de trouver un moyen d’éviter la catastrophe, autrement dit, altérer le passé pour créer une version de l’Histoire dans laquelle le désastre n’a jamais eu lieu. Cela pourrait sembler impossible, mais Cid et les siens étaient convaincus qu’ils possédaient l’expérience nécessaire pour réaliser un tel exploit.

Cependant, leur projet ne rencontrait pas pour autant l’adhésion de tous les humains, ce que je suis moi-même en mesure de comprendre. Après tout, l’instinct premier de tout être vivant n’est-il pas d’assurer la survie de son espèce dans le moment présent ?

Les Forges de Garlond se heurtèrent ainsi non seulement à l’indifférence ou au mépris, mais aussi à l’hostilité de certains pour qui leur entreprise était un gâchis de ressources, plus précieuses que jamais en ces temps de cruelle indigence.

Heureusement, leur initiative trouva un écho favorable chez certains.

Pour mettre toutes les chances de son côté, Cid s’adressa à d’éminents spécialistes de magie et autres éthérologues à même de comprendre les mécanismes qui avaient provoqué le huitième fléau. Lors d’une entrevue, l’un d’eux affirma à l’ingénieur :

« Si on pouvait revenir en arrière et éviter la catastrophe, il y aurait de grandes chances que notre héroïne survive... Cela soulèverait peut-être quelques problèmes, mais le monde serait sûrement bien meilleur qu’il l’est aujourd’hui ! »

Une déclaration accueillie par des signes d’approbation dans la salle, et même quelques cris d’encouragements. Il semblerait que la personne dont il était question avait de nombreux partisans ; même morte, l’évoquer suffisait à remonter le moral de bien des humains.

Cid avait vu juste : la coopération entre ses ingénieurs et les érudits ralliés à sa cause permit de disséquer le fonctionnement de la rose noire et de faire la lumière sur les mécanismes qui avaient entraîné le huitième fléau.
Quant à l’utopie de créer une autre version de l’Histoire, vierge du désastre, elle rencontra vite un soutien plus important, sitôt qu’elle fut associée à la possibilité de voir l'héroïne des Éorzéens fouler cette terre de nouveau. Malgré la pénurie généralisée, les dons de bien et de vivres se multiplièrent, et des artisans en tout genre vinrent proposer leurs services. Plus d’un avait déjà croisé la route de la plus célèbre des aventurières par le passé...

Parmi eux, un représentant de la race namazu se montra tout particulièrement enthousiaste à l’idée de changer le cours des événements :

« Oyo !? Ce futur n’est pas celui qu’a prédit le grand Namazu. D’après Seigetsu du vent de l’illumination, notre avenir sera sans huitième fléau, ou ne sera pas ! »

Étant dans l’incapacité de comprendre tout le sens de ces paroles, c’est dans un souci d’exhaustivité que je les consigne dans mes archives.

Le temps passant, de nouveaux partisans se joignirent à la cause de Cid, comme cette femme se qualifiant de « pirate des cieux ». Aux commandes de son gigantesque aéronef, elle tendit une main secourable à une équipe des Forges de Garlond qui avait été attaquée alors qu’elle transportait du matériel de recherche.

« Ma mère m’a plusieurs fois raconté comment cette héroïne l’a aidée, il y a bien longtemps. En tant qu’héritière de la reine des pirates, je suis ici pour lui rendre la pareille ! » affirma-t-elle fièrement, tout en relevant sa longue chevelure dorée.

En une tout autre occasion, un scientifique envoyé dans une région isolée pour procéder à une batterie de prélèvements et de tests témoigna avoir reçu l’aide d’une mystérieuse créature. Au large de la Mer de Rubis, il subit un assaut durant lequel il fut jeté par-dessus bord avant de dériver jusqu’à une île à proximité. Là-bas, l’esprit encore embrumé, il distingua vaguement un animal – une tortue, un serpent peut-être – qui, d’après lui, était resté à son chevet pendant qu’il était inconscient.

De la même façon, un proche collaborateur des Forges de Garlond raconta avoir été sauvé d’un accident sur les pentes de la montagne sacrée Sohm Al par une imposante créature munie de longues ailes blanches. Si l’homme affirmait avec certitude qu’il s’agissait d’un dragon, la rumeur à l’époque voulait que l’aversion de ces êtres fantastiques pour les conflits des humains les avait obligés à s’exiler sous d’autres cieux ; je n’ai donc jamais pu vérifier ce témoignage.

Le point commun entre ces récits était qu’ils avaient tous eu pour théâtre des lieux jadis traversés par la Guerrière de la Lumière. Même s’il était impossible de prouver que ces événements avaient un quelconque lien, le simple fait de se remémorer les exploits de leur héroïne adorée suffisait à illuminer le regard de ces humains.

De longues années plus tard.

De sa main ridée par le temps, Cid ajouta la ligne qui venait achever la théorie à laquelle lui et ses plus proches collaborateurs avaient consacré la majeure partie de leur existence. Après un long soupir, son regard se porta sur Nero, qui se tenait debout à ses côtés. Lui aussi avait visiblement vieilli, mais il réagit de la même mimique qu’il m’avait été donné d’observer pendant plusieurs décennies : son haussement d’épaules si caractéristique.

« Bah, ça devrait faire l’affaire, non ? »

Si c’était sa façon d’exprimer son approbation, elle manquait clairement de conviction. Cid ferma les yeux et poussa de nouveau un profond soupir, avant de se lever, l’air amusé. Il actionna la bouilloire qui se trouvait derrière lui pour verser du café dans deux tasses de métal, puis il en remit une à Nero. Il leva alors légèrement la sienne, un mouvement appelé « trinquer » chez les humains.

Les deux anciens camarades d’université burent, comme chaque jour, mais je me dois de souligner que Nero, contrairement à son habitude, s’abstint de déclarer que le café avait « un goût de jus de chaussette ».

Cid, les yeux rivés sur la pile de documents devant lui, demanda :

« Tu crois que ça va marcher ?

- Va savoir... Ça serait pas la première fois qu’une de tes théories vole en éclats, hein ? Et puis, tout ce qu’on peut faire maintenant, c’est compter sur nos petits jeunes.

- C’est pas faux... »

Un échange suivi d’un long silence... Derrière ces quelques instants de mutisme, je soupçonne l’existence d’une forme de communication que seuls les humains sont à même de comprendre, mais je suis dans l’incapacité de la retranscrire ici.

Cependant, j’aurais été tout à fait capable de donner une authentique réponse humaine si la question de Cid m’avait été destinée. Les mêmes mots que dans ce message laissé par mes soins aux Forges de Garlond, en d’autres temps.

La théorie de Cid et de ses collaborateurs était basée sur les expériences vécues dans la Tour de Cristal, Alexander et la fissure interdimensionnelle. Des épisodes partageant une issue commune, que l’on pourrait apparenter à un sommeil, et pour lesquels la même expression était de rigueur.

Des mots murmurés invariablement, aussi, chaque fois qu’un camarade de Cid s’était éteint...

« Bonne nuit. »

Après la nuit sombre, le soleil qui se lève à l’horizon marque le début d’un jour nouveau. Même si ce monde est déjà condamné, certains ont tout donné pour en créer un autre, où le soleil brillera une fois de plus. Pas pour eux, mais pour les habitants d’un passé qui peut encore être sauvé.

Serait-ce ce que les humains appellent « l’espoir » ?

Je comprends les paroles de Cid, maintenant. La force qui leur permettra d’accomplir cet impossible voyage à travers l’espace et le temps... c’est celle du cœur.