Chroniques éorzéennes

Le dernier chevalier de l'Azur


Chose rare depuis sa nomination à la tête des chevaliers de l'Azur, l'esprit de sire Vaindreau de Rouchemande était assombri par le doute. Il y avait bien sûr le poids de l'âge, qui à soixante-cinq ans, commençait à affecter une condition physique jusqu'ici irréprochable, mais aussi et surtout une terrible incertitude qui le gagnait peu à peu... Pour la première fois en plus de quarante années au service du Saint-Siège, il doutait de l'intégrité de celui-là même qu'il avait fait serment de protéger : l'Archevêque Thordan VII.

C'est un épisode survenu un mois plus tôt qui était à l'origine des hésitations de sire Vaindreau. Ce jour-là, il se tenait en poste devant l'entrée de la cour intérieure de La Voûte, comme il en avait l'habitude lorsque l'Archevêque s'y rendait en quête de solitude pour méditer. Alors qu'il écoutait d'une oreille les prières du vieil homme pour s'assurer de sa sécurité, il entendit quelque chose qui retint son attention. En plus de la voix qu'il connaissait si bien, il lui sembla en distinguer une seconde, qui semblait lui donner la réplique... Était-ce le fait d'un intrus, au beau milieu du palais ? Non, tout était bien trop calme... Le chevalier décida malgré cela de s'insinuer discrètement dans la cour pour en avoir le cœur net. C'est là qu'il aperçut Thordan VII en train de s'entretenir à voix basse avec un homme vêtu d'une longue robe noire, le visage recouvert par une ample capuche...

Charibert Leusignac, un des inquisiteurs les plus redoutés de la sainte Cité, était d'un tempérament particulièrement irritable depuis quelque temps. Alors que la chasse aux hérétiques était pour lui plus qu'une simple occupation, un véritable devoir sacré, voilà plusieurs lunes qu'il n'avait pas trouvé de "proie" pour étancher sa soif de justice divine. Ainsi, lorsqu'un apprenti, visiblement intimidé, vint l'interrompre dans ses lectures pour lui remettre un pli d'une main tremblante, il ne put contenir son agacement.

« Quoi, encore !? »

La lettre, sans signature apparente, était simplement fermée d'un cachet de cire rouge sur lequel aucun sceau n'avait été apposé. En l'état, il était impossible de savoir qui l'avait rédigée.

« Un homme vêtu d'une longue robe noire m'a remis cette lettre ce matin et... il m'a simplement dit de vous l'apporter... »

Tout en réfléchissant à la leçon qu'il donnerait plus tard à ce jeune incapable pour ne pas avoir eu la présence d'esprit de s'enquérir de l'identité de l'homme en question, Charibert concentra son énergie éthérée pour faire apparaître une petite flamme au bout de son index. L'habileté avec laquelle il fit ensuite fondre le cachet de cire sans laisser la moindre trace de brûlure sur le papier révélait ses grands talents de pyromancien. L'apprenti assistait à la scène le regard hagard, des gouttes de sueur perlant sur le front.

Charibert commença alors sa lecture. Au fur et à mesure que ses yeux parcouraient la missive, un sourire se dessinait de plus en plus clairement sur son visage. Il peinait à contenir son excitation : grâce à la proie qu'on lui livrait en pâture, il allait enfin pouvoir s'assouvir en accomplissant sa mission divine.

Refroidi par le vent nocturne, Vaindreau contemplait Ishgard depuis les remparts supérieurs de La Voûte. Depuis qu'il avait surpris l'entrevue secrète de l'Archevêque, il ne pouvait s'empêcher de réfléchir au sens de sa mission. Cela avait pourtant toujours été une évidence à ses yeux : il lui appartenait de protéger au péril de sa vie l'Église orthodoxe, l'institution suprême guidant la sainte Cité sur les plans politique et religieux. Le corps des chevaliers de l'Azur avait été créé en référence au roi Thordan, le père fondateur de la nation ishgardaise, et à ses douze fidèles chevaliers qui avaient combattu ensemble le dragon Nidhogg. Ses rangs étaient formés des meilleurs combattants, triés sur le volet afin d'assurer la sécurité de l'Archevêque.

C'était là tout le dilemme pour le vieux capitaine : en quoi lui fallait-il croire, désormais ? Était-il juste de soutenir les agissements d'un homme fraternisant avec les Asciens, ces dangereux agents du chaos ? Il les avait notamment entendus manigancer l'invocation d'un Primordial. Non pas Halone la Conquérante, éternelle protectrice d'Ishgard, mais une "chose" sombre, impie... Non, il ne faisait aucun doute que les projets de Thordan VII allaient à l'encontre de ce en quoi sire Vaindreau avait toujours cru, ce à quoi il avait consacré sa vie. Sa décision était prise. Il lui fallait confronter cet homme et entendre de sa bouche la vérité. Et si ses soupçons s'avéraient fondés, le frapper du même châtiment que tout hérétique, celui de son épée.

Sans attendre, le chevalier tourna le dos à la ville endormie et s'enfonça dans La Voûte d'un pas sûr. La nuit était d'un silence glaçant, et jamais les longues galeries du palais du Saint-Siège ne lui avaient paru si sinistres. Arrivé devant la porte menant aux appartements de l'Archevêque, il lui fallait d'abord passer outre sire Hermenoist, celui de ses hommes qui montait la garde ce soir-là.

« Place, Hermenoist. Je dois me rendre auprès de son Éminence immédiatement.

- Sire, à cette heure ? Est-il arrivé quelque chose ? »

Vaindreau balaya la question d'un revers de la main, ordonnant de s'écarter au chevalier, qui s'exécuta immédiatement. Il se trouvait enfin au sommet du palais, dans la partie exclusivement réservée à l'Archevêque, un endroit qu'il n'aurait jamais pu atteindre s'il n'était pas le capitaine des chevaliers de l'Azur. Désormais, seuls quelques murs le séparaient de la vérité. Plus qu'un couloir... Quand soudain, il aperçut une silhouette, une dizaine de yalms devant lui.

« Quelqu'un, ici !? »

S'agissait-il d'un assassin ? De l'Archevêque, lui-même ? Ou bien de l'Ascien de la dernière fois ? Sire Vaindreau porta lentement la main vers la poignée de son épée pendant que la silhouette s'approchait de lui.

« Vous semblez bien pressé, à une heure pareille... Où allez-vous, comme ça ? »

Lorsque l'homme retira la capuche qui lui cachait le visage, laissant apparaître ses cheveux fermement attachés et son sourire vicieux, le capitaine comprit immédiatement à qui il avait affaire.

« Et vous donc... Qu'est-ce qu'un inquisiteur fait dans les appartements privés de l'Archevêque ? »

Rassuré de ne pas se trouver devant un Ascien, sire Vaindreau restait néanmoins alerte. Face à un homme réputé pour sa fourberie et sa cruauté comme Charibert, il devait se tenir prêt à croiser le fer à tout instant.

« Tiens donc, voulez-vous dire que vous m'avez reconnu ? C'est trop d'honneur ! »

Le ton de l'inquisiteur provoqua une réaction de dégoût chez le vieux chevalier.

« Quant à la raison de ma présence ici, eh bien... Sachez que j'ai été informé de la probable venue cette nuit d'un hérétique en ces lieux, et je me tenais donc aux aguets. »

Sur ces mots, une expression d'effroi se dessina sur le visage de sire Vaindreau.

« Insinuez-vous que Son Éminence m'accuse d'hérésie !? »

Le chevalier ne savait pas comment il avait pu être ainsi devancé, mais la présence de l'immonde Charibert ne pouvait signifier qu'une seule chose : l'Archevêque, qu'il avait loyalement servi pendant tant d'années, voulait désormais le voir disparaître. Bien que son esprit fût tiraillé entre surprise et tristesse, sire Vaindreau n'en demeurait pas moins un des plus habiles guerriers d'Ishgard. En un instant, il se jeta au sol pour esquiver la boule de feu qui fonçait vers lui, avant de se relever et de charger, bouclier en avant et épée brandie. Charibert fit claquer sa langue d'agacement, mais il était lui-même un puissant mage. Immédiatement, il se concentra de nouveau pour incanter un autre sort.

« Meurs, sale rat d'hérétique ! »

Cette fois-ci, le globe ardent propulsé depuis l'extrémité du bâton de Charibert vint se fracasser sur l'écu de sire Vaindreau. Fort de son expérience d'innombrables batailles, le chevalier se défit promptement du bouclier en fusion pour aussitôt reprendre sa marche en avant et asséner un brusque coup de taille à son adversaire.

« Tsssk... Tout vieillard croulant que tu es, tu fais honneur aux chevaliers de l'Azur... »

Bien qu'ayant évité la perte d'un œil grâce à un agile bond en arrière, l'inquisiteur saignait toutefois abondamment d'une vilaine entaille à la joue droite.

« Tu me sous-estimes, vipère ! J'ai bien compris que tu voulais m'éliminer sans laisser de traces, mais ce n'est pas en retenant tes sorts que tu pourras te débarrasser de moi ! »

Effectivement, Charibert avait modéré la puissance de sa magie, espérant faire disparaître Vaindreau discrètement, le corps calciné à l'intérieur de son armure. Mais son audacieuse tactique avait échoué, et elle devait apparemment aussi le mener à sa perte. Le dernier échange avait en effet laissé l'inquisiteur dos au mur, dans l'impossibilité d'incanter le moindre sort avant d'être pourfendu par son rival. Et pourtant, malgré la situation extrêmement défavorable dans laquelle il se trouvait, Charibert arborait un sourire plus pervers que jamais.

« Il y a longtemps que je ne m'étais pas autant amusé. Je me souviendrai de notre rencontre, Capitaine... »

Le lendemain matin, Thordan VII sortit de ses appartements légèrement plus tôt qu'à l'accoutumée. Sire Hermenoist en finissait avec sa garde, et le vice-capitaine sire Vellguine s'apprêtait à escorter l'Archevêque, comme il en avait l'habitude.

« La nuit dernière, sire Vaindreau est venu me trouver pour m'annoncer qu'il renonçait à ses fonctions.

- En êtes-vous sûr, Votre Éminence ? Pourquoi le capitaine ferait-il une chose pareille !? »

L'Archevêque hocha la tête en réponse à l'incrédulité de sire Vellguine.

« Il m'a avoué ne plus se sentir en condition physique pour accomplir sa mission comme il le souhaiterait. Nous avons longuement parlé, jusqu'au petit matin... Il se repose présentement dans l'antichambre, et j'aimerais qu'il ne soit pas dérangé. Un long sommeil lui fera le plus grand bien. »

Sire Vaindreau avait toujours été le plus ardent défenseur des chevaliers de l'Azur et de leur mission sacrée. En pensant à quel point une telle décision avait dû être difficile à prendre pour leur respecté capitaine, ses deux subordonnés avaient la gorge serrée. Laissant le vieux chevalier à son repos bien mérité, ils prirent place aux côtés de l'Archevêque, qui se dirigea vers la cathédrale pour la prière du matin.

Quelques jours plus tard, le Saint-Siège annonça officiellement la retraite de sire Vaindreau de Rouchemande et son remplacement par sire Zephirin de Valhourdin. Aux interrogations soulevées par l'absence de sire Vaindreau à la cérémonie de nomination du nouveau capitaine, Thordan VII rétorqua que c'était le fait d'une requête personnelle de l'intéressé, qui avait désiré quitter Ishgard au plus vite pour un long voyage en solitaire.

C'est ainsi que la sainte Cité perdit son dernier véritable chevalier de l'Azur, ne gardant guère comme seule empreinte de son passage que quelques traces de roussi sur les murs froids du couloir menant à la chambre de l'Archevêque.

Le langage des fleurs


« Le Dragon céleste qui cueille des fruits... Qu'est-ce qu'on va me demander ensuite ? De faire du jardinage avec ma lance ? Pfff... »

Alphinaud Leveilleur laissa échapper un petit rire. En ce temps-là, rouspéter ainsi était comme une seconde nature chez Estinien, pensa-t-il.

Il se trouvait dans la chambre que les Fortemps lui avaient préparée dans leur manoir. La guerre contre les Dravaniens était enfin terminée, et Estinien avait décidé de quitter Ishgard en renonçant à son titre de Dragon céleste ; or, malgré le retour de la paix, cela faisait déjà plusieurs nuits qu'Alphinaud ne parvenait pas à trouver le sommeil. Assis devant une table de bois fin, il ressassait sans arrêt le moment où sa vanité et son arrogance lui avaient coûté très cher. Il ouvrit son journal intime et relut ces mots qu'Haurchefant avait prononcés au camp de la Tête du dragon, et qui l'avaient tant bouleversé.

« Messire Alphinaud, cela vous réjouit-il d'être comme une lame brisée ? N'y a-t-il aucune flamme assez brûlante pour vous reforger ? »

Il sentait vaguement que quelque chose avait changé en lui depuis la fuite d'Ul'dah et l'arrivée à Ishgard. La guerre était passée par là, et pour un jeune homme qui se préoccupait principalement des apparences, le retour à la réalité avait été brutal. En repensant au moment où Haurchefant avait prononcé ces paroles au Refuge des neiges, un lieu que le brave Ishgardais avait ainsi baptisé en signe de sympathie, Alphinaud eut soudain honte de son comportement.

Haurchefant éprouvait une amitié très profonde pour le Guerrier de la Lumière. Cette amitié était sans aucun doute réciproque, et il l'avait également offerte à Alphinaud, pour la simple et bonne raison que ce dernier était le compagnon inséparable d'un ami très cher. Le jeune Leveilleur comprenait enfin à quel point cet acte désintéressé l'avait aidé à prendre conscience de ses erreurs. Quelques jours auparavant, il avait pris la peine de se rendre à Providence et, du haut de cette majestueuse colline qui surplombe tout le Coerthas, il s'était agenouillé devant la tombe d'Haurchefant et l'avait remercié du fond du cœur.

Il tourna quelques pages de son journal.
En parcourant ses notes, il réalisa que ses aventures en compagnie du Guerrier de la Lumière, d'Estinien et d'Ysayle avaient profondément changé sa vision du monde.

« Voilà qui est beaucoup plus facile à dire qu'à faire, Alphinaud. Vous êtes peut-être apte à combattre des hommes-bêtes, mais pensez-vous réellement faire le poids face à un Primordial ? N'est-ce pas là le rôle attitré du Guerrier de la Lumière ? »

Durant son séjour à Loth ast Gnath, Alphinaud s'était convaincu qu'il avait enfin laissé son ego au placard. Malheureusement pour lui, dès qu'Estinien lui eut jeté ces mots au visage, il fut bien obligé d'admettre que ce n'était pas tout à fait le cas. Hormis son grand-père, la seule personne qui avait jusque-là osé lui parler sur ce ton était sa sœur, Alisaie. D'ailleurs, n'avait-il pas fait preuve de suffisance vis-à-vis d'elle aussi ? La déroute des Braves du Cristal avait beau lui avoir ouvert les yeux sur ses défauts, à peine avait-il pris une bonne résolution qu'il était aussitôt retombé dans ses travers. Pourtant, le Guerrier de la Lumière avait toujours été d'une patience exemplaire avec lui ; il comprit soudain à quel point il avait eu de la chance.

Héritier d'une longue lignée de savants, Alphinaud avait toujours considéré l'esprit et les mots comme des armes servant à convaincre. Toutefois, si ses paroles pouvaient effectivement avoir des résonances très profondes, c'était aussi parce qu'il était le descendant de Louisoix Leveilleur. S'exprimait-il en son nom, ou bien en tant que petit-fils de l'illustre sage sharlayanais ? Ses interlocuteurs étaient souvent bien en peine de répondre à cette question, d'une importance pourtant capitale quant aux capacités d'Alphinaud à agir de lui-même ou à obtenir leur confiance. Les mots qui ne viennent pas du cœur ne sont plus des armes, mais des sons confus et vides de sens. Cela vaut aussi pour les remerciements.

Le souvenir d'Ysayle et du Guerrier de la Lumière revenant de leur affrontement contre Ravana s'imposa subitement à son esprit. Peut-être avait-il toujours considéré l'élu d'Hydaelyn comme quelqu'un d'invincible ; l'impact des remontrances d'Estinien n'en avait été que plus grand, mais il savait qu'il devait surmonter le sentiment de honte que cela éveillait en lui. Après tout, pendant que ses camarades étaient aux prises avec le Primordial, il s'était entraîné dur comme fer pour devenir un meilleur mage. Ce n'était pas la première fois qu'il s'imposait une telle discipline, mais jusqu'alors, il s'était contenté d'approfondir la partie théorique. Grâce aux encouragements d'Ysayle, il avait compris qu'il devait l'appliquer sur le champ de bataille.

« Alphinaud a réellement un don pour la magie. Avec un peu plus d'expérience du terrain, il pourrait devenir un mage de très haut niveau. »

Cette confidence de Cœur-de-glace au Guerrier de la Lumière avait grandement revigoré Alphinaud. Quel que soit le temps que cela prendrait, il avait décidé qu'il deviendrait plus autonome. C'était la seule manière d'être accepté pour celui qu'il était vraiment.

Sa main continua de tourner les pages, jusqu'au moment où elle s'arrêta brusquement.
L'Écume des cieux de Dravania... Ce soir-là, ils avaient campé une dernière fois avant de rejoindre Zénith. Le ragoût d'Ysayle était tellement délicieux qu'Alphinaud eut l'impression de n'avoir jamais rien mangé de meilleur. Il se souvint du bois qu'il avait ramassé, de sa rencontre avec les Mogs célestes qui exaspéraient tant Estinien, et bien sûr, des entretiens avec Vidofnir et Hraesvelgr... Durant tout ce temps, le Guerrier de la Lumière n'avait cessé de veiller sur lui. Ces péripéties lui avaient permis de comprendre qu'il était totalement impuissant et ignorant sans les autres. Il en était de même pour Ysayle et Estinien, mais à la différence d'Alphinaud, ils utilisaient leur impuissance pour méditer sur leurs forces et leurs faiblesses et se fixer un objectif. Lui aussi devait y parvenir. La valeur du sacrifice d'Ysayle en dépendait.

« Vous ne dormez pas, Messire Alphinaud ? »

La voix familière retentit juste après quelques petits coups sur la porte. Alphinaud avait à peine refermé son journal d'un geste machinal que la lanterne d'Edmont de Fortemps éclairait déjà la pièce.

« J'avais moi-même du mal à m'endormir. J'étais sur le point de me préparer une tasse de thé, lorsque j'ai remarqué que votre lampe de chevet était toujours allumée. Je me suis dit qu'il serait malheureux que vous preniez froid en vous assoupissant.
- Vous êtes bien aimable. »

À ces mots, le vieil aristocrate alla chercher une couverture dans sa chambre ; puis, malgré les réticences d'un invité manifestement gêné, il lui servit un thé aux herbes bien chaud. Il s'agissait plus exactement d'une infusion au lys de Nymeia, un breuvage difficile à faire selon les connaisseurs. Alphinaud n'aurait jamais imaginé que son hôte en faisait partie... Il le remercia une nouvelle fois, mais celui-ci prit tout à coup un air sombre.

« Votre départ est imminent, n'est-ce pas ? »

Alphinaud voulut répondre, mais le noble l'en empêcha. Un sourire bienveillant aux lèvres, il se dirigea vers le couloir.

« Vous n'avez jamais eu aussi bonne mine, cher ami. »

Il referma la porte tandis qu'Alphinaud portait la tasse de thé à ses lèvres. Par nature, le lys de Nymeia est une plante au goût très amer, pour ainsi dire imbuvable, mais Edmont avait eu la bonne idée de la mélanger à du sirop. Reconnaissant, le jeune Leveilleur avala une gorgée et se posa soudain une question : quel pouvait bien être la signification de ce lys dans le langage des fleurs ?

Il retourna s'asseoir à sa table et tourna encore quelques pages de son journal.
La cérémonie du Nid du faucon, qui devait symboliser le point de départ d'une nouvelle ère de paix entre les humains et les dragons, avait hélas été interrompue par un Estinien sous l'emprise de Nidhogg. Maintenant que le peuple d'Ishgard connaissait la vérité au sujet de son histoire, il allait enfin pouvoir oublier les démons du passé et construire un avenir meilleur.
L'armure du Dragon céleste avait brillé d'une couleur rouge sang, la même que celle des yeux draconiques pleins de haine qui y étaient incrustés. Malgré leur longue amitié, Aymeric n'avait pas hésité une seule seconde à décocher une flèche en direction d'Estinien. Et il avait eu raison : c'était la seule chose à faire. Néanmoins, ce geste avait été difficile à accepter pour Alphinaud, qui cherchait à sauver Estinien par tous les moyens. Il voulait lui prouver son amitié, et il se souvint du sourire affectueux du Guerrier de la Lumière au Refuge des neiges lorsqu'il lui avait fait part de cette décision. Quant à l'éther qu'ils avaient tous les deux ressenti en arrachant les Yeux du dragon, il resterait leur secret à tout jamais. C'était mieux ainsi.

« L'ombre de mon ennemi a disparu dans les profondeurs de la Mer de nuages. Pourtant, même après avoir assouvi ma vengeance, mon cœur ne connaît pas la paix. Je ne peux m'empêcher de regretter toutes les vies qui ont été perdues... »

Estinien avait prononcé ces paroles sur son lit d'hôpital, peu de temps avant de prendre ses distances avec Ishgard au moment où Aymeric venait tout juste d'être nommé président de la Chambre des Nobles. Il ne porterait plus l'armure du Dragon céleste ? Une telle décision ne pouvait avoir été prise que par un homme au franc-parler aussi radical ; c'était donc conforme à son caractère. Cependant, Alphinaud savait qu'Estinien ne l'avait jamais pris de haut, ou jugé pour quelque raison que ce soit. Au contraire, c'était peut-être la première fois que quelqu'un le traitait en adulte. Dans un certain sens, il avait enfin trouvé le grand frère qui lui avait toujours manqué.

À l'aube d'une nouvelle épopée, Alphinaud avait décidé de voyager seul à travers Ishgard, avec son journal pour seul compagnon. Son entraînement avait fini par payer face aux quelques sbires de Nidhogg restants qui osaient l'attaquer : il était enfin passé de la théorie à la pratique.
Arrivé au faîte de Sohm Al, il avait contemplé l'Écume des cieux de Dravania avec le même émerveillement qu'au premier jour. Quand il s'était retrouvé devant le majestueux Hraesvelgr, ses jambes tremblaient tellement qu'il avait failli s'effondrer...
L'alliance du Guerrier de la Lumière et d'Estinien contre Nidhogg, la tragédie du Saint-Siège, le sacrifice d'Ysayle... Les révélations du dragon sacré avaient enclenché les rouages du destin de manière irrémédiable.

Une fois à Azys Lla, Alphinaud avait remarqué qu'un bouquet de fleurs avait été déposé à l'endroit où ses compagnons et lui avaient posé le pied sur le continent flottant pour la première fois. Des lys de Nymeia... Il avait tout de suite pensé à Estinien. C'était sans aucun doute un message de sa part.

Ils avaient commencé le voyage à quatre. Tout les séparait, mais les épreuves traversées ensemble avaient affermi leurs liens. Ils étaient devenus de vrais camarades. C'est en pensant à Ysayle qu'Estinien avait décidé de prendre la route. Alphinaud était persuadé qu'ils se reverraient un jour. Après tout, ils ne s'étaient jamais dit adieu...

Il vida sa tasse de thé d'un trait, referma le journal et se glissa sous sa couverture. Alors qu'il allait s'endormir, il esquissa un sourire en repensant au langage des fleurs.

Nymeia, la Fileuse, est la déesse du destin et la gardienne des astres. Son étoile brillante est comme un phare servant à guider les aventuriers sur leur chemin. « Bon voyage et bonne chance » : tel est le symbole incarné par le lys qui porte son nom.
« Le Dragon céleste qui cueille des fruits... Qu'est-ce qu'on va me demander ensuite ? De faire du jardinage avec ma lance ? Pfff... »

Alphinaud Leveilleur laissa échapper un petit rire. En ce temps-là, rouspéter ainsi était comme une seconde nature chez Estinien, pensa-t-il.

Il se trouvait dans la chambre que les Fortemps lui avaient préparée dans leur manoir. La guerre contre les Dravaniens était enfin terminée, et Estinien avait décidé de quitter Ishgard en renonçant à son titre de Dragon céleste ; or, malgré le retour de la paix, cela faisait déjà plusieurs nuits qu'Alphinaud ne parvenait pas à trouver le sommeil. Assis devant une table de bois fin, il ressassait sans arrêt le moment où sa vanité et son arrogance lui avaient coûté très cher. Il ouvrit son journal intime et relut ces mots qu'Haurchefant avait prononcés au camp de la Tête du dragon, et qui l'avaient tant bouleversé.

« Messire Alphinaud, cela vous réjouit-il d'être comme une lame brisée ? N'y a-t-il aucune flamme assez brûlante pour vous reforger ? »

Il sentait vaguement que quelque chose avait changé en lui depuis la fuite d'Ul'dah et l'arrivée à Ishgard. La guerre était passée par là, et pour un jeune homme qui se préoccupait principalement des apparences, le retour à la réalité avait été brutal. En repensant au moment où Haurchefant avait prononcé ces paroles au Refuge des neiges, un lieu que le brave Ishgardais avait ainsi baptisé en signe de sympathie, Alphinaud eut soudain honte de son comportement.

Haurchefant éprouvait une amitié très profonde pour la Guerrière de la Lumière. Cette amitié était sans aucun doute réciproque, et il l'avait également offerte à Alphinaud, pour la simple et bonne raison que ce dernier était le compagnon inséparable d'une amie très chère. Le jeune Leveilleur comprenait enfin à quel point cet acte désintéressé l'avait aidé à prendre conscience de ses erreurs. Quelques jours auparavant, il avait pris la peine de se rendre à Providence et, du haut de cette majestueuse colline qui surplombe tout le Coerthas, il s'était agenouillé devant la tombe d'Haurchefant et l'avait remercié du fond du cœur.

Il tourna quelques pages de son journal.
En parcourant ses notes, il réalisa que ses aventures en compagnie de la Guerrière de la Lumière, d'Estinien et d'Ysayle avaient profondément changé sa vision du monde.

« Voilà qui est beaucoup plus facile à dire qu'à faire, Alphinaud. Vous êtes peut-être apte à combattre des hommes-bêtes, mais pensez-vous réellement faire le poids face à un Primordial ? N'est-ce pas là le rôle attitré de la Guerrière de la Lumière ? »

Durant son séjour à Loth ast Gnath, Alphinaud s'était convaincu qu'il avait enfin laissé son ego au placard. Malheureusement pour lui, dès qu'Estinien lui eut jeté ces mots au visage, il fut bien obligé d'admettre que ce n'était pas tout à fait le cas. Hormis son grand-père, la seule personne qui avait jusque-là osé lui parler sur ce ton était sa sœur, Alisaie. D'ailleurs, n'avait-il pas fait preuve de suffisance vis-à-vis d'elle aussi ? La déroute des Braves du Cristal avait beau lui avoir ouvert les yeux sur ses défauts, à peine avait-il pris une bonne résolution qu'il était aussitôt retombé dans ses travers. Pourtant, la Guerrière de la Lumière avait toujours été d'une patience exemplaire avec lui ; il comprit soudain à quel point il avait eu de la chance.

Héritier d'une longue lignée de savants, Alphinaud avait toujours considéré l'esprit et les mots comme des armes servant à convaincre. Toutefois, si ses paroles pouvaient effectivement avoir des résonances très profondes, c'était aussi parce qu'il était le descendant de Louisoix Leveilleur. S'exprimait-il en son nom, ou bien en tant que petit-fils de l'illustre sage sharlayanais ? Ses interlocuteurs étaient souvent bien en peine de répondre à cette question, d'une importance pourtant capitale quant aux capacités d'Alphinaud à agir de lui-même ou à obtenir leur confiance. Les mots qui ne viennent pas du cœur ne sont plus des armes, mais des sons confus et vides de sens. Cela vaut aussi pour les remerciements.

Le souvenir d'Ysayle et de la Guerrière de la Lumière revenant de leur affrontement contre Ravana s'imposa subitement à son esprit. Peut-être avait-il toujours considéré l'élue d'Hydaelyn comme quelqu'un d'invincible ; l'impact des remontrances d'Estinien n'en avait été que plus grand, mais il savait qu'il devait surmonter le sentiment de honte que cela éveillait en lui. Après tout, pendant que ses camarades étaient aux prises avec le Primordial, il s'était entraîné dur comme fer pour devenir un meilleur mage. Ce n'était pas la première fois qu'il s'imposait une telle discipline, mais jusqu'alors, il s'était contenté d'approfondir la partie théorique. Grâce aux encouragements d'Ysayle, il avait compris qu'il devait l'appliquer sur le champ de bataille.

« Alphinaud a réellement un don pour la magie. Avec un peu plus d'expérience du terrain, il pourrait devenir un mage de très haut niveau. »

Cette confidence de Cœur-de-glace à la Guerrière de la Lumière avait grandement revigoré Alphinaud. Quel que soit le temps que cela prendrait, il avait décidé qu'il deviendrait plus autonome. C'était la seule manière d'être accepté pour celui qu'il était vraiment.

Sa main continua de tourner les pages, jusqu'au moment où elle s'arrêta brusquement.
L'Écume des cieux de Dravania... Ce soir-là, ils avaient campé une dernière fois avant de rejoindre Zénith. Le ragoût d'Ysayle était tellement délicieux qu'Alphinaud eut l'impression de n'avoir jamais rien mangé de meilleur. Il se souvint du bois qu'il avait ramassé, de sa rencontre avec les Mogs célestes qui exaspéraient tant Estinien, et bien sûr, des entretiens avec Vidofnir et Hraesvelgr... Durant tout ce temps, la Guerrière de la Lumière n'avait cessé de veiller sur lui. Ces péripéties lui avaient permis de comprendre qu'il était totalement impuissant et ignorant sans les autres. Il en était de même pour Ysayle et Estinien, mais à la différence d'Alphinaud, ils utilisaient leur impuissance pour méditer sur leurs forces et leurs faiblesses et se fixer un objectif. Lui aussi devait y parvenir. La valeur du sacrifice d'Ysayle en dépendait.

« Vous ne dormez pas, Messire Alphinaud ? »

La voix familière retentit juste après quelques petits coups sur la porte. Alphinaud avait à peine refermé son journal d'un geste machinal que la lanterne d'Edmont de Fortemps éclairait déjà la pièce.

« J'avais moi-même du mal à m'endormir. J'étais sur le point de me préparer une tasse de thé, lorsque j'ai remarqué que votre lampe de chevet était toujours allumée. Je me suis dit qu'il serait malheureux que vous preniez froid en vous assoupissant.
- Vous êtes bien aimable. »

À ces mots, le vieil aristocrate alla chercher une couverture dans sa chambre ; puis, malgré les réticences d'un invité manifestement gêné, il lui servit un thé aux herbes bien chaud. Il s'agissait plus exactement d'une infusion au lys de Nymeia, un breuvage difficile à faire selon les connaisseurs. Alphinaud n'aurait jamais imaginé que son hôte en faisait partie... Il le remercia une nouvelle fois, mais celui-ci prit tout à coup un air sombre.

« Votre départ est imminent, n'est-ce pas ? »

Alphinaud voulut répondre, mais le noble l'en empêcha. Un sourire bienveillant aux lèvres, il se dirigea vers le couloir.

« Vous n'avez jamais eu aussi bonne mine, cher ami. »

Il referma la porte tandis qu'Alphinaud portait la tasse de thé à ses lèvres. Par nature, le lys de Nymeia est une plante au goût très amer, pour ainsi dire imbuvable, mais Edmont avait eu la bonne idée de la mélanger à du sirop. Reconnaissant, le jeune Leveilleur avala une gorgée et se posa soudain une question : quel pouvait bien être la signification de ce lys dans le langage des fleurs ?

Il retourna s'asseoir à sa table et tourna encore quelques pages de son journal.
La cérémonie du Nid du faucon, qui devait symboliser le point de départ d'une nouvelle ère de paix entre les humains et les dragons, avait hélas été interrompue par un Estinien sous l'emprise de Nidhogg. Maintenant que le peuple d'Ishgard connaissait la vérité au sujet de son histoire, il allait enfin pouvoir oublier les démons du passé et construire un avenir meilleur.
L'armure du Dragon céleste avait brillé d'une couleur rouge sang, la même que celle des yeux draconiques pleins de haine qui y étaient incrustés. Malgré leur longue amitié, Aymeric n'avait pas hésité une seule seconde à décocher une flèche en direction d'Estinien. Et il avait eu raison : c'était la seule chose à faire. Néanmoins, ce geste avait été difficile à accepter pour Alphinaud, qui cherchait à sauver Estinien par tous les moyens. Il voulait lui prouver son amitié, et il se souvint du sourire affectueux de la Guerrière de la Lumière au Refuge des neiges lorsqu'il lui avait fait part de cette décision. Quant à l'éther qu'ils avaient tous les deux ressenti en arrachant les Yeux du dragon, il resterait leur secret à tout jamais. C'était mieux ainsi.

« L'ombre de mon ennemi a disparu dans les profondeurs de la Mer de nuages. Pourtant, même après avoir assouvi ma vengeance, mon cœur ne connaît pas la paix. Je ne peux m'empêcher de regretter toutes les vies qui ont été perdues... »

Estinien avait prononcé ces paroles sur son lit d'hôpital, peu de temps avant de prendre ses distances avec Ishgard au moment où Aymeric venait tout juste d'être nommé président de la Chambre des Nobles. Il ne porterait plus l'armure du Dragon céleste ? Une telle décision ne pouvait avoir été prise que par un homme au franc-parler aussi radical ; c'était donc conforme à son caractère. Cependant, Alphinaud savait qu'Estinien ne l'avait jamais pris de haut, ou jugé pour quelque raison que ce soit. Au contraire, c'était peut-être la première fois que quelqu'un le traitait en adulte. Dans un certain sens, il avait enfin trouvé le grand frère qui lui avait toujours manqué.

À l'aube d'une nouvelle épopée, Alphinaud avait décidé de voyager seul à travers Ishgard, avec son journal pour seul compagnon. Son entraînement avait fini par payer face aux quelques sbires de Nidhogg restants qui osaient l'attaquer : il était enfin passé de la théorie à la pratique.
Arrivé au faîte de Sohm Al, il avait contemplé l'Écume des cieux de Dravania avec le même émerveillement qu'au premier jour. Quand il s'était retrouvé devant le majestueux Hraesvelgr, ses jambes tremblaient tellement qu'il avait failli s'effondrer...
L'alliance de la Guerrière de la Lumière et d'Estinien contre Nidhogg, la tragédie du Saint-Siège, le sacrifice d'Ysayle... Les révélations du dragon sacré avaient enclenché les rouages du destin de manière irrémédiable.

Une fois à Azys Lla, Alphinaud avait remarqué qu'un bouquet de fleurs avait été déposé à l'endroit où ses compagnons et lui avaient posé le pied sur le continent flottant pour la première fois. Des lys de Nymeia... Il avait tout de suite pensé à Estinien. C'était sans aucun doute un message de sa part.

Ils avaient commencé le voyage à quatre. Tout les séparait, mais les épreuves traversées ensemble avaient affermi leurs liens. Ils étaient devenus de vrais camarades. C'est en pensant à Ysayle qu'Estinien avait décidé de prendre la route. Alphinaud était persuadé qu'ils se reverraient un jour. Après tout, ils ne s'étaient jamais dit adieu...

Il vida sa tasse de thé d'un trait, referma le journal et se glissa sous sa couverture. Alors qu'il allait s'endormir, il esquissa un sourire en repensant au langage des fleurs.

Nymeia, la Fileuse, est la déesse du destin et la gardienne des astres. Son étoile brillante est comme un phare servant à guider les aventuriers sur leur chemin. « Bon voyage et bonne chance » : tel est le symbole incarné par le lys qui porte son nom.

En quête de son courage


Alisaie avait toujours été particulièrement fière de son aïeul. Pour elle, il n'y avait pas plus grand honneur que d'avoir eu un tel grand-père... Et comment aurait-il pu en être autrement puisqu'elle appartenait à une grande famille sharlayanaise, et que son aïeul n'était autre que Louisoix Leveilleur, un sage qui avait donné sa vie pour sauver Éorzéa lors du septième fléau ? Consciente de ne pas avoir le droit à l'erreur, Alisaie ne s'était épargné aucune peine pour se surpasser et avait excellé dans ses études. Malheureusement, elle avait tendance à ne pas respecter le protocole que se devaient d'observer les jeunes filles de bonne famille et à se conduire comme un garçon manqué. On lui reprochait également de médire parfois de son frère, qui était pourtant un jeune homme brillant. Elle ne le faisait pourtant pas par méchanceté, mais plutôt poussée par un vif sentiment de rivalité à son égard. En résumé, avoir Louisoix pour modèle ne l'avait pas rendue moins espiègle ou plus cérémonieuse... mais qui aurait osé le lui reprocher ?

Alisaie ne craignait pas l'inconnu. Elle s'était d'ailleurs lancée dans un voyage en solitaire à travers Éorzéa. Elle voulait connaître cette terre pour laquelle son grand-père avait rendu son dernier souffle. Elle voulait la voir de ses propres yeux, sans son frère ou servant... ni aventurier pour l'escorter.

Elle errait dans le Thanalan, sous un soleil de plomb, quand la soif la contraignit à pousser la porte d'une taverne sur son chemin.
« Tu t'fous d'moi !? », aboya une grosse voix masculine.
Elle ne put s'empêcher de regarder en direction de ces injures qui pleuvaient d'un coin de la salle et aperçut un homme de haute stature en train de s'en prendre à une jeune voyageuse vêtue d'une tenue modeste. Malgré sa petite taille, la fille ne se laissait pas impressionner par son interlocuteur, ce qui semblait fortement lui déplaire. Il finit d'ailleurs par lever le poing, d'un geste menaçant. Il était de toute évidence prêt à la frapper à tout moment...

À l'idée qu'une fois encore elle allait se retrouver mêlée à une querelle puérile entre gens peu civilisés, Alisaie poussa un profond soupir. Il était encore temps de faire demi-tour et de quitter cette maudite taverne, mais quelque chose la retenait en ces lieux. Louisoix n'aurait jamais fermé les yeux et passé sa route s'il avait été le témoin d'une telle scène.

« Tu me donnes chaud à t'agiter de la sorte. Je te conseille de te calmer avant que je ne m'occupe de ton cas. »

La voyageuse et l'homme, abasourdis par cette intrusion dont la froideur avait coupé court à leur dispute, se tournèrent vers Alisaie. L'incompréhension se lisait sur leur visage.
C'est ainsi que la petite-fille de Louisoix fit la rencontre de la jeune Emery...

En mettant fin à cette altercation, Alisaie avait prouvé qu'elle ne manquait ni de force ni de courage. Elle escortait désormais la caravane de la jeune Emery, dont l'homme menaçant avait en fait cherché à escroquer les marchands. Elle arrivait à point nommé : le contrat de l'aventurier qui assurait leur sécurité jusqu'à présent venait tout juste de s'achever et la caravane recrutait. L'offre séduisit Alisaie. Voyager avec eux lui permettrait de découvrir des raccourcis qu'ils empruntaient afin d'aller vendre leurs produits de village en village.
Alisaie apprit énormément à leur contact : leur mode de vie nomade, ce qui animait leurs conversations, les outils qu'ils utilisaient... Leur monde lui était jusqu'alors parfaitement inconnu. Heureusement, Emery était là pour lui expliquer tout ce qu'elle ne comprenait pas. Et même si Alisaie acquiesçait toujours sans rien laisser paraître de sa fascination, le sourire sur le visage d'Emery sous-entendait qu'elle lisait en elle comme dans un livre ouvert. La jeune voyageuse avait-elle compris que la petite-fille de Louisoix buvait ses paroles ? Terrifiée à l'idée que ce soit le cas, Alisaie mettait un point d'honneur à terminer brusquement chacun de leurs échanges.

Les jours s'écoulèrent et la caravane arriva enfin au hameau qui se trouvait au pied de la Mer de lances. L'endroit n'était certes pas aussi animé que les ruelles uldiennes, mais il était loin d'être désert. De nombreux voyageurs y séjournaient avant de reprendre leur chemin. Le travail d'escorte n'avait pas été trop difficile pour Alisaie, dont la tâche la plus pénible avait été de disperser un troupeau de chèvres qui bloquait la route du convoi. Elle fut cependant si rassurée d'arriver enfin à destination qu'elle poussa un soupir de soulagement. Elle décida même d'être plus aimable avec les braves qui l'escorteraient à l'avenir.

Elle retrouvait enfin un simple rôle de spectatrice, captivée par le spectacle que lui offraient ces marchands en train de se préparer pour commercer... jusqu'au moment où Emery vint la rejoindre.

« On risque d'avoir pas mal de pain sur la planche aujourd'hui. Tu ne veux pas venir nous donner un petit coup de main ?
- Jamais de la vie ! Je n'ai vraiment rien d'une vendeuse ! »

Mais Emery avait déjà saisi la main d'Alisaie et la tirait sans ménagement vers la place où s'affairaient les autres marchands, comme si elle n'avait rien entendu du refus de son amie. La jeune Sharlayanaise n'eut pas même le temps de réagir. Elle avait déjà en face d'elle les habitants du hameau, impatients de découvrir ce que la caravane leur avait apporté. Un petit attroupement s'était d'ailleurs déjà formé autour des étals de fortune pour examiner chaque produit sous toutes ses coutures. À cette vue, Alisaie fut d'abord saisie d'effroi et eut même un mouvement de recul. Si elle avait été comme Alphinaud, elle aurait affiché son plus séduisant sourire et elle se serait précipitée au cœur de cette foule... Mais impossible de lutter contre sa nature. Elle n'était pas comme lui. Elle aurait d'ailleurs immédiatement battu en retraite si Emery n'avait pas été là pour la retenir.

« On en a tellement parlé en chemin... Tu sais tout ce qu'il y a à savoir. Tant que tu te souviendras du prix de chaque produit, il n'y a pas de raison que ça se passe mal !
- Qu'est-ce que tu en sais ? C'est de la folie... Emery, tu m'écoutes !? »

Emery ne comptait pas en débattre avec Alisaie. Il y avait de quoi faire et elle était déjà repartie s'occuper des autres clients, abandonnant son amie à son sort. Cette dernière était encore bouche bée lorsqu'une cliente entre deux âges vint lui demander le prix d'une cotonnade qu'elle lui avait mis sous le nez. Alisaie la fixa longuement, comme paralysée. Emery comprenant rapidement l'embarras dans lequel la Sharlayanaise se trouvait se mit à sourire, tel l'enfant qui se réjouissait gentiment d'avoir joué un mauvais tour à un camarade. Il allait bien falloir se retrousser les manches. Alisaie balaya du regard la clientèle en ébullition avant de pousser un soupir.
La tâche n'avait pas été sans difficulté pour Alisaie et les marchands, dont les produits s'étaient incroyablement bien vendus. Ils avaient mérité une bonne nuit de repos. Les membres de la caravane séjournaient tous dans la très ancienne auberge qui se trouvait en bordure du village. Alisaie y partageait une petite chambre à deux lits avec Emery. En entrant dans la pièce, elle s'assit sur l'un d'eux et commença à parcourir des yeux un livre d'occultisme qu'elle s'était procuré en faisant halte à Ul'dah. Depuis ses années passées en formation, elle avait pris l'habitude d'ouvrir un livre tous les soirs et de prendre quelques notes dans le carnet qui aurait dû lui servir de journal. Lorsqu'elle découvrait quelque chose de nouveau, elle se levait un peu plus tôt le lendemain matin pour aller s'entraîner.

Ce soir-là, la situation était un peu différente. Cette expérience de la vente avait été éreintante, si bien que ses lourdes paupières l'empêchaient d'avancer dans ses lectures. Son cou avait par moment du mal à supporter le poids de sa tête, elle piquait du nez... Elle fut réveillée à l'arrivée d'Emery dans leur chambre. La jeune marchande esquissa d'ailleurs un léger sourire lorsqu'elle surprit Alisaie attraper d'un geste aussi instinctif que brusque le livre qui glissait de ses genoux et qui allait tomber sur le sol.
« Désolée pour aujourd'hui. Je t'ai quelque peu forcé la main.
- Pas de problème. C'était une bonne expérience. Enfin... presque. »

Emery était désormais assise sur le deuxième lit. Elle murmura quelques mots, avec curiosité et douceur, tout en observant Alisaie.

« Je ne sais pas comment tu fais pour étudier tous les soirs. C'est parce que tu ne veux pas que ton frère devienne meilleur que toi... c'est ça ?
- Au début, oui. Mais c'est surtout devenu une habitude en passant du temps avec mon grand-père.
- Tu y étais très attachée, ça se sent. Mais tu sais, c'est important de se reposer après une dure journée. »

Emery se leva lentement, prit le livre qu'Alisaie avait posé sur ses genoux et y glissa un marque-page avant de le refermer. Son amie demanda qu'elle le lui rende, mais Emery ne l'écoutait déjà plus. Elle déposa l'ouvrage à l'endroit où les deux jeunes filles avaient entassé leurs affaires et s'étira pour chasser un peu la fatigue.

« Tu liras demain. La journée a été riche en émotions. On a bien travaillé ! Tu peux sans doute t'épargner quelques pages ce soir... surtout après avoir étudié le commerce comme tu viens de le faire. Je suis certaine que Nald'thal ne t'en tiendra pas rigueur... ni ton grand-père d'ailleurs. »

Ces mots résonnèrent longuement dans la tête d'Alisaie, elle qui les aurait d'ordinaire qualifiés de mauvaise excuse pour ne pas se mettre au travail, avant de les ignorer immédiatement... Ils lui avaient offert une forme de réconfort, qui lui avait permis de se détendre enfin. Cette preuve de bonté avait quelque chose de nostalgique.
Emery tendait maintenant le bras pour éteindre la bougie. Un sourire paisible et doux illuminait son visage alors qu'elle souhaitait bonne nuit à sa camarade de chambre.

Ce fut la dernière soirée qu'Alisaie passa aux côtés d'Emery.
Une délicate lumière réveilla Alisaie en lui caressant le visage. Tout en restant dans le lit, elle s'assit pour mieux apprécier l'endroit où elle se trouvait. Elle se souvint alors qu'elle avait passé la nuit dans une auberge gridanienne. Le jour était en train de se lever et elle avait encore l'impression de rêver.

Son voyage avec la caravane marchande s'était achevé il y a déjà bien longtemps. Sa jeune amie n'était plus, ni ici ni ailleurs. Lorsque le jour s'était levé, ils avaient quitté le village tous ensemble pour prendre le chemin de leur prochaine étape, mais une tempête s'était abattue sur eux. Elle était plus violente que celles qui frappent d'ordinaire le Thanalan. La visibilité était réduite et la route escarpée. Par mesure de sécurité, les marchands avaient laissé un peu plus de distance entre chaque chariot. Qu'auraient-ils pu faire de plus ? Ils devaient emprunter ce raccourci. Malheureusement, un éboulement de terrain était venu emporter le dernier attelage du convoi dans un vacarme assourdissant. Le chariot dans lequel Emery était montée ne tarda pas à le suivre, englouti par une deuxième vague de terre glaciale. Par chance, celui d'Alisaie, qui se trouvait en tête de cortège, fut épargné.
Elle avait escorté les chariots restants jusqu'à la ville suivante, où elle les avait quittés. Elle n'avait jusqu'alors eu ni larmes ni sanglots pour les disparus. Mais en se retournant pour contempler ce qu'il restait de cette caravane avec laquelle elle avait vécu pendant quelque temps, elle comprit combien la perte avait été grande. La réalité la rattrapa. Le cœur serré et la gorge nouée, elle sentit les larmes couler sur son visage.

Voilà qu'elle était à nouveau seule au monde.

Elle reprit la route et s'enrichit de nouvelles expériences au fil des rencontres et des séparations qu'elle vécut. Elle eut même du mal à croire qu'un corps si frêle puisse amasser autant de souvenirs. Elle s'était en tout cas fixé un nouvel objectif : savoir qui étaient ces « héros » qui faisaient tant parler d'eux, mais ne semblaient pas avoir de lien avec les Héritiers de la Septième Aube. Tout le monde s'inquiétait des troubles qui agitaient Ishgard et ne semblait pas se rendre compte que quelque chose de préoccupant se tramait dans l'ombre de la forêt de Sombrelinceul. Quelque chose qui affecterait les Primordiaux et qui pourrait prendre de court Alphinaud et ses amis.

Alisaie se leva et ouvrit la fenêtre pour contempler l'aube.
Elle était silencieuse, mais son cœur semblait crier :
« Cette journée va être riche en émotions ! »

Confessions intimes


Depuis bientôt cinq ans, j'officiais comme valet pour la maison Fortemps, et si j'avais acquis une certaine notoriété auprès de mes compagnons de travail, je restais un serviteur parmi tant d'autres aux yeux de mes employeurs. Il est vrai qu'avec plus de cent domestiques au total, sortir du lot n'était pas une mince affaire. Malgré tout, mon vœu le plus cher était de me faire un nom, d'accomplir des tâches pour lesquelles j'avais été expressément mandaté ; et pour y arriver, je travaillais intensément, sans ménager mes efforts.

L'histoire que je vais vous raconter s'est déroulée quelques jours après la terrible bataille contre Nidhogg, alors que la sainte Cité était encore en effervescence suite aux événements grandioses qui avaient accompagné la mort du cruel dragon.

Les réformes qui avaient suivi la naissance de la république d'Ishgard avaient eu des répercussions visibles sur les activités du manoir. Pour ainsi dire, il ne se passait pas un jour sans que la salle de réception soit utilisée, les banquets étant des moments privilégiés pour faire connaissance et s'échanger des informations. Entre les personnes qui venaient féliciter sire Artoirel, celles qui venaient présenter leurs respects à sire Edmont, et les représentants de la Chambre du peuple fraîchement élus, les visiteurs se succédaient les uns aux autres dans un flux perpétuel.

Un beau jour, tandis que je vaquais à mes occupations, monsieur Firmien m'interpella au détour d'un couloir.

« J'ai un service à vous demander. Il s'agit d'une tâche importante, dont je me serais normalement chargé si la situation n'était pas ce qu'elle est présentement. Pensez-vous pouvoir vous en occuper pour moi ? »

À l'écoute de ces mots, je me redressai comme un ressort et répondis par l'affirmative. Monsieur Firmien m'expliqua alors la nature de la mission : le nouveau Parlement avait demandé à sire Artoirel de produire des actes liés à la souveraineté territoriale des Fortemps, mais il n'avait pu réunir ceux concernant le camp de la Tête du dragon. Mon devoir était donc de me rendre sur place aussi vite que possible et d'y récupérer lesdits documents.

Après que j'eus acquiescé verbalement, un rapide coup d'œil vers la fenêtre m'apprit que le soleil était encore haut dans le ciel. Je me réjouissais de savoir que je pourrais arriver à destination avant la tombée de la nuit.

Au même instant, j'aperçus une silhouette familière quitter l'enceinte du manoir.
C'était cet aventurier que notre maison avait accueilli comme hôte quelques lunes plus tôt : le héros qui avait mis fin à la Guerre du chant des dragons.

Malgré l'envie d'aller lui parler qui me tiraillait, je n'ignorais pas que les paroles d'un pauvre serviteur n'auraient que peu d'intérêt pour lui ; aussi m'étais-je contenté de lui lancer un regard empli d'admiration et de reconnaissance.

« Messire Firmien, savez-vous où il est parti ?
- Je ne suis pas assez haut placé pour avoir accès à ce genre d'information... Cependant, je l'ai vu s'entretenir avec l'un de mes adjoints, tout à l'heure. Ils parlaient du jour où il est arrivé à Ishgard. Le ton de sa voix m'a paru très nostalgique... Allez savoir, peut-être qu'il s'est engagé dans un voyage au cœur de ses souvenirs. »

Il est vrai que les événements s'étaient enchaînés à une vitesse folle depuis son arrivée. Sans doute avait-il besoin de réunir les pièces de son passé, afin de les mettre en perspective et de prendre un peu de recul. C'est en réfléchissant à tout ceci que je me mis en route et quittai le manoir.
Quelques heures plus tard, j'arrivai comme prévu au camp de la Tête du dragon.
Après avoir expliqué la raison de ma venue à sire Corientaux et dame Yaelle, je me mis en quête des fameux documents. Cependant, la tâche, simple au demeurant, s'avéra plus corsée que prévue : malgré une fouille minutieuse des bureaux, armoires, coffres et autres espaces de rangement de la caserne, je ne pus mettre la main sur les papiers dont j'avais cruellement besoin. Après des heures de recherches, je dus me résoudre à contacter mon supérieur, qui m'annonça de but en blanc que je n'étais pas autorisé à rentrer au manoir tant que ma mission ne serait pas accomplie...

Plusieurs jours passèrent sans que je ne puisse trouver quoi que ce soit. Un soir, alors que le désespoir commençait à planter ses griffes dans mon cœur, je me décidai à réexaminer les appartements de sire Haurchefant. Si au départ j'étais très réticent à l'idée de fouiller la chambre d'un mort, j'avais fini par m'y habituer à force d'y faire des allées et venues... Avec une lanterne à huile pour unique compagnie, je m'approchai du bureau et plongeai les mains dans le tiroir du haut. En extirpant les documents qui y étaient rangés, mon index resta coincé dans une petite cavité. Je réalisai alors avec stupeur qu'il s'agissait d'un tiroir à double-fond ! Je soulevai la planche en bois et découvris une liasse de parchemins soigneusement empilés.

« J-j'ai trouvé ! »

Excité, je sortis promptement le tas de vélins et en vérifiai le contenu. Il n'y avait aucun doute possible, c'était bien ce que je cherchais. Alors que je poussais un soupir de soulagement, je remarquai une enveloppe à mes pieds. Sans doute l'avais-je fait tomber en retirant les documents. En la ramassant, je constatai qu'elle n'avait ni sceau, ni libellé. Pensant qu'elle contenait peut-être des documents se rapportant à l'objet de ma recherche, je décidai d'inspecter son contenu par précaution.

À peine mes yeux posés sur le texte, mon sang ne fit qu'un tour. L'enveloppe renfermait une lettre rédigée de la main de feu sire Haurchefant ; une lettre destinée à son meilleur ami.

Éclairé par la lumière vacillante de la lanterne, je me mis à parcourir la correspondance.
Aussitôt, les mots prirent forme dans mon esprit, comme si je lisais dans les pensées du défunt chevalier...
Mon cher et tendre ami,

J'espère que tu te portes bien. Cela fait maintenant plusieurs jours que tu es parti vers l'ouest avec sire Alphinaud. J'ignore où tu te trouves en ce moment, et ne pourrai donc pas te faire parvenir ce courrier. À vrai dire, je n'en ai pas l'intention ; je l'écris simplement car cela me donne l'impression de te parler. Je ressens ce besoin de coucher sur le papier les sentiments qui me submergent chaque fois que j'observe le ciel et pense à ton périple. C'est idiot, je sais, mais c'est plus fort que moi... Je tiens à le mentionner au cas où cette lettre arrive entre tes mains, que tu saches à quoi t'en tenir.

Dis-moi, est-ce que tu te plais à Ishgard ? Ou est-ce que tu es exaspéré d'avoir été mêlé une nouvelle fois à une guerre qui n'est pas la tienne ? Je te pose la question tout en sachant pertinemment que même si tu te reconnaissais dans le second cas de figure, tu ne te déroberais pas et lutterais jusqu'au bout. Cela me fait sourire et me peine à la fois.

Personnellement, je suis ravi que tu sois venu à Ishgard. Non seulement cela m'a donné l'occasion de te voir plus souvent qu'avant, mais en plus, cela m'a permis de combattre à tes côtés pour le bien d'une cause commune. Rien n'aurait pu me rendre plus heureux, d'autant que j'avais raté l'occasion contre Shiva !

Tu te souviens du jour où tes camarades et toi avez fui Ul'dah pour trouver refuge au camp de la Tête du dragon ? Vous vouliez à tout prix que la lueur de l'Aube soit préservée. Moi, je voulais surtout éviter que tu te consumes dans le feu de la détresse... Je suis donc allé voir mon père, le comte de Fortemps, pour lui demander s'il ne pouvait pas vous accueillir à Ishgard.
Pour être honnête avec toi, je n'ai jamais vraiment été à l'aise en sa présence.
Ce n'est pas que j'ai une dent contre lui, ou quoi que ce soit. Mon père est un homme droit, sincère et intègre. Ce sont notamment ces qualités qui ont séduit ma mère... et c'est peut-être pour ces mêmes raisons qu'elle a choisi de quitter le manoir, pour ne pas entacher sa réputation (même si, au final, elle m'a laissé à sa charge). Je sais que mon père l'aimait énormément, tout comme je sais qu'il m'aime aussi. Toutefois, nous n'avons jamais réellement réussi à briser la glace, lui et moi... Je n'ai jamais pu m'adresser à lui comme un fils le ferait à son père, seulement comme un chevalier à son seigneur.


Je t'avouerais que quand je lui ai présenté ton cas, sa première réaction n'a pas été vraiment positive.
Mon père est un homme généreux – ce fut notamment l'un des premiers à envoyer des unités et du matériel au Glas des revenants – mais accueillir un groupe de gens accusés de régicide et recherchés par des autorités étrangères était un acte politiquement risqué pour la maison Fortemps.
Devant mon insistance, il m'a demandé pourquoi je tenais autant à ce qu'il vous reçoive. Je lui ai alors tout raconté, de notre première rencontre jusqu'à ta venue au Refuge des neiges.

Même s'ils sont peu nombreux, je chéris chacun des instants qui nous ont été donnés ; ces souvenirs ont à mes yeux tant de valeur que je traverserais le monde entier si tu avais besoin de moi. J'ai donc choisi de partager toutes ces choses avec lui, pour lui faire comprendre à quel point mon ami était quelqu'un de remarquable et qu'il méritait d'être secouru.

Maintenant que j'y repense, je n'avais jamais parlé aussi longuement avec lui. Après que j'ai terminé mon long plaidoyer, il m'a fixé en silence, puis a soudainement esquissé un sourire en me disant de lui accorder une nuit de réflexion. Le lendemain, il me faisait savoir qu'il acceptait que la maison Fortemps vous prenne officiellement sous sa protection...


La suite, tu la connais aussi bien que moi.

Grâce à toi, mes passages au manoir ne relevaient plus de la corvée, bien au contraire. Toutefois, tu étais absent la plupart du temps, et la raison était d'autant plus frustrante que j'avais la sensation de vous avoir entraînés, tes amis et toi, dans ce conflit qui tourmente mon pays depuis mille ans, ou que l'on vous confiait ces tâches fastidieuses par ma faute... D'ailleurs, si tu as des reproches à me faire à ce sujet, n'hésite pas venir me voir, nous en discuterons autour d'un verre.


Il y a toutefois une chose que tu dois savoir : j'ai une foi absolue en toi.
Je sais que tu ne reculeras jamais devant la difficulté, quelle qu'elle soit.

Et je ne parle pas seulement de ce périple, mais de toutes les épreuves qui t'attendent dans ta vie future. Même si tu te retrouves dans une impasse, tant que tu auras cette volonté d'aller de l'avant, tu trouveras toujours quelqu'un pour te tendre la main et t'aider. C'est d'ailleurs ce que j'essaie de faire en ce moment.

Au-delà de ces difficultés, il y a un monde merveilleux qui t'attend.
Là-bas, tu trouveras le bonheur qui t'es dû, j'en suis persuadé.


En attendant de te revoir, je te souhaite un bon voyage et prie pour que tu me reviennes vivant.

Haurchefant Roquegrise
Le lendemain, alors que je m'apprêtais à regagner la sainte Cité, je surpris un groupe de chevaliers en train de parler du Guerrier de la Lumière. Apparemment, il était passé furtivement au camp de la Tête du dragon, avant de repartir en direction de Providence. L'occasion était trop belle pour la laisser passer. Je me saisis de la lettre de sire Haurchefant et me mis immédiatement en route vers ce que je savais être sa destination.

Je courais aussi vite que je le pouvais dans l'épais manteau de neige qui me faisait trébucher à chaque pas... J'étais maintenant persuadé que cet homme effectuait un voyage au cœur de ses souvenirs. Je me devais donc de lui faire parvenir cette missive, pour qu'il sache dans quelles circonstances son périple ishgardais avait commencé.

Approchant de ma destination, j'aperçus enfin la silhouette du héros. Je ralentis ma course et alors que je prenais une grande inspiration pour crier son nom, je refermai la bouche aussitôt.

Le Guerrier de la Lumière était seul, face à la stèle de sire Haurchefant, qu'il contemplait en silence. J'étais trop loin pour distinguer clairement son visage, mais je suis persuadé qu'il souriait.

Sans doute connaissait-il déjà le contenu de cette lettre. Même si les mots n'ont jamais été prononcés, les sentiments de sire Haurchefant étaient déjà profondément ancrés dans son cœur... J'ignorais pourquoi, mais je ne pouvais me défaire de cette idée.

Ma main, jusqu'alors si crispée, se relâcha d'un coup et la lettre profita d'une bourrasque pour s'échapper. Quand je réalisai ce qui venait de se passer, il était déjà trop tard pour la rattraper ; elle flottait dans le ciel comme guidée par une main invisible... Quelques secondes plus tard, elle se désintégra en milliers de petits éclats qui s'éparpillèrent dans l'air avant de retomber lentement sur le sol enneigé.
Depuis bientôt cinq ans, j'officiais comme valet pour la maison Fortemps, et si j'avais acquis une certaine notoriété auprès de mes compagnons de travail, je restais un serviteur parmi tant d'autres aux yeux de mes employeurs. Il est vrai qu'avec plus de cent domestiques au total, sortir du lot n'était pas une mince affaire. Malgré tout, mon vœu le plus cher était de me faire un nom, d'accomplir des tâches pour lesquelles j'avais été expressément mandaté ; et pour y arriver, je travaillais intensément, sans ménager mes efforts.

L'histoire que je vais vous raconter s'est déroulée quelques jours après la terrible bataille contre Nidhogg, alors que la sainte Cité était encore en effervescence suite aux événements grandioses qui avaient accompagné la mort du cruel dragon.

Les réformes qui avaient suivi la naissance de la république d'Ishgard avaient eu des répercussions visibles sur les activités du manoir. Pour ainsi dire, il ne se passait pas un jour sans que la salle de réception soit utilisée, les banquets étant des moments privilégiés pour faire connaissance et s'échanger des informations. Entre les personnes qui venaient féliciter sire Artoirel, celles qui venaient présenter leurs respects à sire Edmont, et les représentants de la Chambre du peuple fraîchement élus, les visiteurs se succédaient les uns aux autres dans un flux perpétuel.

Un beau jour, tandis que je vaquais à mes occupations, monsieur Firmien m'interpella au détour d'un couloir.

« J'ai un service à vous demander. Il s'agit d'une tâche importante, dont je me serais normalement chargé si la situation n'était pas ce qu'elle est présentement. Pensez-vous pouvoir vous en occuper pour moi ? »

À l'écoute de ces mots, je me redressai comme un ressort et répondis par l'affirmative. Monsieur Firmien m'expliqua alors la nature de la mission : le nouveau Parlement avait demandé à sire Artoirel de produire des actes liés à la souveraineté territoriale des Fortemps, mais il n'avait pu réunir ceux concernant le camp de la Tête du dragon. Mon devoir était donc de me rendre sur place aussi vite que possible et d'y récupérer lesdits documents.

Après que j'eus acquiescé verbalement, un rapide coup d'œil vers la fenêtre m'apprit que le soleil était encore haut dans le ciel. Je me réjouissais de savoir que je pourrais arriver à destination avant la tombée de la nuit.

Au même instant, j'aperçus une silhouette familière quitter l'enceinte du manoir.
C'était cette aventurière que notre maison avait accueilli comme hôte quelques lunes plus tôt : l'héroïne qui avait mis fin à la Guerre du chant des dragons.

Malgré l'envie d'aller lui parler qui me tiraillait, je n'ignorais pas que les paroles d'un pauvre serviteur n'auraient que peu d'intérêt pour elle ; aussi m'étais-je contenté de lui lancer un regard empli d'admiration et de reconnaissance.

« Messire Firmien, savez-vous où elle est partie ?
- Je ne suis pas assez haut placé pour avoir accès à ce genre d'information... Cependant, je l'ai vue s'entretenir avec l'un de mes adjoints, tout à l'heure. Ils parlaient du jour où elle est arrivée à Ishgard. Le ton de sa voix m'a paru très nostalgique... Allez savoir, peut-être qu'elle s'est engagée dans un voyage au cœur de ses souvenirs. »

Il est vrai que les événements s'étaient enchaînés à une vitesse folle depuis son arrivée. Sans doute avait-elle besoin de réunir les pièces de son passé, afin de les mettre en perspective et de prendre un peu de recul. C'est en réfléchissant à tout ceci que je me mis en route et quittai le manoir.
Quelques heures plus tard, j'arrivai comme prévu au camp de la Tête du dragon.
Après avoir expliqué la raison de ma venue à sire Corientaux et dame Yaelle, je me mis en quête des fameux documents. Cependant, la tâche, simple au demeurant, s'avéra plus corsée que prévue : malgré une fouille minutieuse des bureaux, armoires, coffres et autres espaces de rangement de la caserne, je ne pus mettre la main sur les papiers dont j'avais cruellement besoin. Après des heures de recherches, je dus me résoudre à contacter mon supérieur, qui m'annonça de but en blanc que je n'étais pas autorisé à rentrer au manoir tant que ma mission ne serait pas accomplie...

Plusieurs jours passèrent sans que je ne puisse trouver quoi que ce soit. Un soir, alors que le désespoir commençait à planter ses griffes dans mon cœur, je me décidai à réexaminer les appartements de sire Haurchefant. Si au départ j'étais très réticent à l'idée de fouiller la chambre d'un mort, j'avais fini par m'y habituer à force d'y faire des allées et venues... Avec une lanterne à huile pour unique compagnie, je m'approchai du bureau et plongeai les mains dans le tiroir du haut. En extirpant les documents qui y étaient rangés, mon index resta coincé dans une petite cavité. Je réalisai alors avec stupeur qu'il s'agissait d'un tiroir à double-fond ! Je soulevai la planche en bois et découvris une liasse de parchemins soigneusement empilés.

« J-j'ai trouvé ! »

Excité, je sortis promptement le tas de vélins et en vérifiai le contenu. Il n'y avait aucun doute possible, c'était bien ce que je cherchais. Alors que je poussais un soupir de soulagement, je remarquai une enveloppe à mes pieds. Sans doute l'avais-je fait tomber en retirant les documents. En la ramassant, je constatai qu'elle n'avait ni sceau, ni libellé. Pensant qu'elle contenait peut-être des documents se rapportant à l'objet de ma recherche, je décidai d'inspecter son contenu par précaution.

À peine mes yeux posés sur le texte, mon sang ne fit qu'un tour. L'enveloppe renfermait une lettre rédigée de la main de feu sire Haurchefant ; une lettre destinée à sa meilleure amie.

Éclairé par la lumière vacillante de la lanterne, je me mis à parcourir la correspondance.
Aussitôt, les mots prirent forme dans mon esprit, comme si je lisais dans les pensées du défunt chevalier...
Ma chère et tendre amie,

J'espère que tu te portes bien. Cela fait maintenant plusieurs jours que tu es partie vers l'ouest avec sire Alphinaud. J'ignore où tu te trouves en ce moment, et ne pourrai donc pas te faire parvenir ce courrier. À vrai dire, je n'en ai pas l'intention ; je l'écris simplement car cela me donne l'impression de te parler. Je ressens ce besoin de coucher sur le papier les sentiments qui me submergent chaque fois que j'observe le ciel et pense à ton périple. C'est idiot, je sais, mais c'est plus fort que moi... Je tiens à le mentionner au cas où cette lettre arrive entre tes mains, que tu saches à quoi t'en tenir.

Dis-moi, est-ce que tu te plais à Ishgard ? Ou est-ce que tu es exaspérée d'avoir été mêlée une nouvelle fois à une guerre qui n'est pas la tienne ? Je te pose la question tout en sachant pertinemment que même si tu te reconnaissais dans le second cas de figure, tu ne te déroberais pas et lutterais jusqu'au bout. Cela me fait sourire et me peine à la fois.

Personnellement, je suis ravi que tu sois venue à Ishgard. Non seulement cela m'a donné l'occasion de te voir plus souvent qu'avant, mais en plus, cela m'a permis de combattre à tes côtés pour le bien d'une cause commune. Rien n'aurait pu me rendre plus heureux, d'autant que j'avais raté l'occasion contre Shiva !

Tu te souviens du jour où tes camarades et toi avez fui Ul'dah pour trouver refuge au camp de la Tête du dragon ? Vous vouliez à tout prix que la lueur de l'Aube soit préservée. Moi, je voulais surtout éviter que tu te consumes dans le feu de la détresse... Je suis donc allé voir mon père, le comte de Fortemps, pour lui demander s'il ne pouvait pas vous accueillir à Ishgard.
Pour être honnête avec toi, je n'ai jamais vraiment été à l'aise en sa présence.
Ce n'est pas que j'ai une dent contre lui, ou quoi que ce soit. Mon père est un homme droit, sincère et intègre. Ce sont notamment ces qualités qui ont séduit ma mère... et c'est peut-être pour ces mêmes raisons qu'elle a choisi de quitter le manoir, pour ne pas entacher sa réputation (même si, au final, elle m'a laissé à sa charge). Je sais que mon père l'aimait énormément, tout comme je sais qu'il m'aime aussi. Toutefois, nous n'avons jamais réellement réussi à briser la glace, lui et moi... Je n'ai jamais pu m'adresser à lui comme un fils le ferait à son père, seulement comme un chevalier à son seigneur.


Je t'avouerai que quand je lui ai présenté ton cas, sa première réaction n'a pas été vraiment positive.
Mon père est un homme généreux – ce fut notamment l'un des premiers à envoyer des unités et du matériel au Glas des revenants – mais accueillir un groupe de gens accusés de régicide et recherchés par des autorités étrangères était un acte politiquement risqué pour la maison Fortemps.
Devant mon insistance, il m'a demandé pourquoi je tenais autant à ce qu'il vous reçoive. Je lui ai alors tout raconté, de notre première rencontre jusqu'à ta venue au Refuge des neiges.

Même s'ils sont peu nombreux, je chéris chacun des instants qui nous ont été donnés ; ces souvenirs ont à mes yeux tant de valeur que je traverserais le monde entier si tu avais besoin de moi. J'ai donc choisi de partager toutes ces choses avec lui, pour lui faire comprendre à quel point mon amie était quelqu'un de remarquable et qu'elle méritait d'être secourue.

Maintenant que j'y repense, je n'avais jamais parlé aussi longuement avec lui. Après que j'ai terminé mon long plaidoyer, il m'a fixé en silence, puis a soudainement esquissé un sourire en me disant de lui accorder une nuit de réflexion. Le lendemain, il me faisait savoir qu'il acceptait que la maison Fortemps vous prenne officiellement sous sa protection...


La suite, tu la connais aussi bien que moi.

Grâce à toi, mes passages au manoir ne relevaient plus de la corvée, bien au contraire. Toutefois, tu étais absente la plupart du temps, et la raison était d'autant plus frustrante que j'avais la sensation de vous avoir entraînés, tes amis et toi, dans ce conflit qui tourmente mon pays depuis mille ans, ou que l'on vous confiait ces tâches fastidieuses par ma faute... D'ailleurs, si tu as des reproches à me faire à ce sujet, n'hésite pas venir me voir, nous en discuterons autour d'un verre.


Il y a toutefois une chose que tu dois savoir : j'ai une foi absolue en toi.
Je sais que tu ne reculeras jamais devant la difficulté, quelle qu'elle soit.

Et je ne parle pas seulement de ce périple, mais de toutes les épreuves qui t'attendent dans ta vie future. Même si tu te retrouves dans une impasse, tant que tu auras cette volonté d'aller de l'avant, tu trouveras toujours quelqu'un pour te tendre la main et t'aider. C'est d'ailleurs ce que j'essaie de faire en ce moment.

Au-delà de ces difficultés, il y a un monde merveilleux qui t'attend.
Là-bas, tu trouveras le bonheur qui t'es dû, j'en suis persuadé.


En attendant de te revoir, je te souhaite un bon voyage et prie pour que tu me reviennes vivante.

Haurchefant Roquegrise
Le lendemain, alors que je m'apprêtais à regagner la sainte Cité, je surpris un groupe de chevaliers en train de parler de la Guerrière de la Lumière. Apparemment, elle était passée furtivement au camp de la Tête du dragon, avant de repartir en direction de Providence. L'occasion était trop belle pour la laisser passer. Je me saisis de la lettre de sire Haurchefant et me mis immédiatement en route vers ce que je savais être sa destination.

Je courais aussi vite que je le pouvais dans l'épais manteau de neige qui me faisait trébucher à chaque pas... J'étais maintenant persuadé que cette femme effectuait un voyage au cœur de ses souvenirs. Je me devais donc de lui faire parvenir cette missive, pour qu'elle sache dans quelles circonstances son périple ishgardais avait commencé.

Approchant de ma destination, j'aperçus enfin la silhouette de l'héroïne. Je ralentis ma course et alors que je prenais une grande inspiration pour crier son nom, je refermai la bouche aussitôt.

La Guerrière de la Lumière était seule, face à la stèle de sire Haurchefant, qu'elle contemplait en silence. J'étais trop loin pour distinguer clairement son visage, mais je suis persuadé qu'elle souriait.

Sans doute connaissait-elle déjà le contenu de cette lettre. Même si les mots n'ont jamais été prononcés, les sentiments de sire Haurchefant étaient déjà profondément ancrés dans son cœur... J'ignorais pourquoi, mais je ne pouvais me défaire de cette idée.

Ma main, jusqu'alors si crispée, se relâcha d'un coup et la lettre profita d'une bourrasque pour s'échapper. Quand je réalisai ce qui venait de se passer, il était déjà trop tard pour la rattraper ; elle flottait dans le ciel comme guidée par une main invisible... Quelques secondes plus tard, elle se désintégra en milliers de petits éclats qui s'éparpillèrent dans l'air avant de retomber lentement sur le sol enneigé.